Origine et histoire
Le castel d’Andorte trouve ses origines au Xe siècle, lorsque le domaine, alors nommé Hoc-Lou (« Haut-Lieu »), appartient aux seigneurs d’Illac. Situé sur une position élevée, il devient plus tard En Dorte en raison de son isolement, abritant une modeste bâtisse fortifiée entourée de bois et de marécages. En 1180, Arnaud d’Illac élève le domaine en seigneurie sous Henri II, roi d’Angleterre, avant de céder la forêt voisine au Chapitre Saint-Seurin de Bordeaux. Le site change ensuite de mains à plusieurs reprises, passant notamment aux familles de Goth, de Samadat, et de Vallier, jusqu’à être acquis en 1585 par Jeanne Larquier, puis par Pierre de Châlard, déclenchant un long procès avec le Chapitre Saint-Seurin.
Au XVIIe siècle, après des décennies de litiges judiciaires et de saisies féodales, le domaine est finalement cédé en 1781 à l’abbé Jean de Laborde, doyen du Chapitre Saint-Seurin. Ce dernier, insatisfait de l’état vétuste des bâtiments médiévaux, les fait raser en 1784. Il commande alors un nouvel édifice à l’architecte François Lhote, d’après les plans de Victor Louis, célèbre pour le Grand-Théâtre de Bordeaux. La construction, achevée en 1787, est de style néo-classique, avec un pavillon central flanqué de communs symétriques. Cependant, l’abbé, contraint à l’émigration lors de la Révolution, voit son bien confisqué comme bien national en 1795 et vendu aux enchères.
Au XIXe siècle, le docteur Joseph-Guillaume Desmaisons, neveu du docteur Guillotin, transforme le castel en un centre psychiatrique de luxe pour patients aisés, ouvert en 1845 après des travaux d’agrandissement. L’établissement, réputé, accueille jusqu’à 50 pensionnaires et survit à un incendie en 1925. En 1968, après plus d’un siècle d’activité médicale, le centre ferme ses portes. Racheté par la commune du Bouscat en 1989, le domaine devient un parc public (la Chêneraie) en 1990. Depuis 2022, le castel, partiellement protégé aux monuments historiques, est en cours de rénovation pour abriter un centre culturel (école de danse, théâtre, expositions).
Architecturalement, le castel se distingue par son pavillon principal à trois niveaux, incluant un salon Louis XVI intact et une rotonde côté jardin. Les communs, initialement au nombre de quatre, sont agrandis au XIXe siècle pour loger les patients. Le parc, autrefois à la française (11 hectares), est aujourd’hui réduit à 7 hectares dans un style anglais. Les façades néo-classiques, sobres, présentent des décors sculptés évoquant la vigne, en référence à l’abbé de Laborde, alors propriétaire viticole.
La protection du monument s’étend progressivement : les façades et toitures sont inscrites dès 1965, suivies par une inscription totale du pavillon principal et de ses dépendances en 2009, puis du bâtiment des bains en 2023. Le poète espagnol Juan Ramón Jiménez, prix Nobel de littérature en 1956, a d’ailleurs célébré le parc dans ses écrits lors d’un séjour dans l’établissement.
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