Origine et histoire du Castrum de Cazals
Le castrum de Cazals, attesté dès 1196 dans le traité de Gaillon entre Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion, fut un enjeu stratégique pendant les conflits entre rois de France et d’Angleterre. Construit par les seigneurs de Gourdon pour contrôler les voies antiques entre Cahors et Villefranche-de-Rouergue, il devint un cazali (fort + ville + barris) après l’installation d’habitants sous leur protection. La seigneurie, partagée entre les familles Cazals, Guerre et Bonafos, fut saisie par Simon de Montfort pendant la croisade des Albigeois (1209–1229) en représailles à leur soutien au comte de Toulouse.
Au XIIIe siècle, Cazals passa successivement sous domination royale française, puis anglaise après le traité de Paris (1259), avant d’être cédé à Alphonse de Poitiers. Le traité de 1287 officialisa son rattachement à l’Angleterre, marquant le début d’une période troublée : occupation par les armées du prince de Galles (1355), transformation en fort anglais par Philippe de Jean, et destructions pendant la guerre de Cent Ans. Le castrum, en ruine en 1442, fut repeuplé par des familles limousines et auvergnates sous l’égide des seigneurs Gourdon-Thémines et Salignac-Gontaud.
À partir du XVe siècle, la famille de Salviac de Vielcastel reconstruit partiellement le château, intégrant une tour romane et ajoutant un logis en équerre. Leur devise, « Quam vetus est castrum origo » (« Si vieux est ce castel qu’on en ignore l’origine »), reflète son histoire complexe. Le castrum, marqué par les guerres de Religion (les Vielcastel restèrent catholiques), fut vendu en 1794 par Charles de Salviac, chambellan de Joséphine. Inscrit aux Monuments Historiques en 1994, il fut restauré par des propriétaires privés à partir de 1972.
L’ensemble défensif médiéval, aujourd’hui appelé Haut-Cazals, conserve des vestiges majeurs : la chapelle castrale Saint-Martin, les bases de la maison de Guerre, la tour de La Roque, et des ostals (maisons fortes). La ville, ceinte de maisons médiévales, abritait aussi l’hôtel noble des Gontaud-Saint-Geniès (XVe siècle) et des constructions comme le Castel-Rougié. Les fouilles révèlent des maçonneries épaisses, témoins des remaniements des XVIe–XVIIe siècles.
Le castrum illustre les mutations politiques du Quercy : passage des mains des seigneurs locaux à la couronne française, puis anglaise, avant son retour définitif dans le domaine royal. Son architecture mêle influences romanes (tour initiale), gothiques (remaniements) et classiques (plafond à la française du XVIIe siècle). Les conflits religieux du XVIe siècle et la Révolution française y laissèrent aussi leur empreinte, avec des destructions et des changements de propriétaires.