Origine et histoire
Le castrum Saint-Jean, situé sur la commune de Rougiers dans le Var, est un site archéologique médiéval implanté à environ 600 mètres d’altitude, sur un replat rocheux. Il surplombe le bassin de Saint-Maximin et permettait de contrôler une grande partie de la chaîne de la Sainte-Baume, avec une vue s’étendant jusqu’à la montagne Sainte-Victoire. Ce château de montagne, accompagné de son habitat, fut occupé entre la fin du XIIe siècle et le début du XVe siècle, avant que la population ne se déplace progressivement vers le hameau « Le Pays Haut », puis vers le village actuel des « Quatre Cantons ».
Les premières mentions du castrum remontent à 1040 et 1044, où il est cité comme une propriété de la famille de Vence sous le nom de Rothgerium. Le site a fait l’objet de fouilles archéologiques approfondies entre 1961 et 1969, dirigées par Gabrielle Démians d'Archimbaud. Ces recherches, publiées en 1980, ont révélé un mobilier exceptionnel (93 919 tessons, 2 600 objets divers, 114 monnaies) et ont marqué l’archéologie médiévale française en offrant un modèle méthodologique pionnier pour l’étude des habitats ruraux. Les vestiges du castrum sont classés monuments historiques depuis 1967.
Le site se compose des ruines du château féodal, d’un village s’étendant sur 4 500 m2 partiellement ceint d’une enceinte, et d’une chapelle construite en 1860, Saint-Jean de Solferino, érigée en l’honneur de Napoléon III. L’organisation spatiale du village médiéval reflète une hiérarchie défensive et économique : la zone centrale abritait les activités économiques, tandis que la partie septentrionale, protégée par des bâtiments défensifs, contrôlait les voies d’accès. Les fouilles ont également mis en évidence des dommages causés par un chemin moderne dans la zone méridionale, moins dense.
L’importance historiographique du castrum Saint-Jean réside dans son rôle de première fouille exhaustive d’un habitat rural du bas Moyen Âge en France. Les protocoles méthodologiques innovants de Gabrielle Démians d'Archimbaud, notamment pour la datation du mobilier en l’absence de référentiels régionaux, ont influencé durablement les pratiques archéologiques. Le site est considéré comme un « modèle idéal » par des historiens comme Jean Chapelot et Robert Fossier, en raison de sa richesse documentaire, de la qualité des observations et de son contexte méditerranéen unique.
La chapelle Saint-Jean de Solferino, ajout postérieur au Moyen Âge, témoigne d’un événement plus récent : son édification en 1860 par les habitants pour commémorer le passage de Napoléon III. Une table d’orientation y offre aujourd’hui un panorama exceptionnel sur la région. Les fouilles, menées par des ouvriers des mines de bauxite recrutés pour leur résistance physique, ont aussi révélé les conditions de vie difficiles des archéologues de l’époque, tout en fournissant des données inédites sur la culture matérielle médiévale en Provence.