Origine et histoire de la Chapelle de Saint-Nicodème
La chapelle de Saint-Nicodème, située à Pluméliau dans le Morbihan, trouve son origine dans deux légendes locales. La première raconte qu’une apparition de saint Nicodème aurait guidé les habitants vers un site marécageux, marqué par l’arrêt de bœufs lâchés en liberté. La seconde évoque un ex-voto de la Dame de Kerveno, promettant une chapelle à l’endroit où elle retrouverait son époux revenu de guerre. Ces récits, bien que symboliques, illustrent l’ancrage spirituel et communautaire du monument.
Classée aux monuments historiques depuis 1910 avec son enclos et ses fontaines, la chapelle présente une unité architecturale remarquable, datant principalement du XVIe siècle (1520–1540). Seule la tour, surmontée d’une flèche de 46 à 48 mètres, semble légèrement postérieure (vers 1550). Elle abrite une cloche de bronze de 1507, nommée Guillemette, offerte par la noble Guillemete d’Yvernay. Un escalier de 110 marches, logé dans une tourelle accolée, mène à ce clocher emblématique.
L’intérieur abrite un retable polychrome du XVIIe siècle, œuvre d’Olivier Martinet, commandé sous le rectorat de Toussaint Cormier (1649–1673). Ce retable représente saint Nicodème recevant le corps du Christ, entouré des saints Gamaliel et Abibon. Deux autres retables, dédiés à saint Pierre, saint Isidore, Notre-Dame de Lorette et saint Jean, enrichissent les transepts. Les sablières de la charpente, sculptées et datées de 1539, portent les noms des donateurs et artisans, dont Jean Le Layec et Lois de Kerveno, recteur de l’époque.
Les fontaines, en leucogranite de Pontivy, datent de 1608 et 1790. La première, de style gothique flamboyant, honore saint Nicodème et ses compagnons, tandis que la seconde, dédiée à saint Cornély, protège les bœufs des épidémies. Ces fontaines jouaient un rôle central lors des pardons, où les fidèles se rasaient et se lavaient pour se prémunir des maladies. Des offrandes d’animaux (veaux, agneaux) étaient vendues aux enchères pour les pauvres, et le curé partageait pain, beurre et cidre.
La sacristie (1649) et la maison du chapelain (début XVIIIe siècle) complètent l’ensemble. Le pardon, décrit par Gustave Geffroy en 1905, mêlait processions d’animaux, ventes aux enchères et feu de joie, reflétant la fusion des croyances religieuses et des pratiques agricoles bretonnes. Les blasons des familles donatrices, comme les Rimaison et Guengat, rappellent l’importance des élites locales dans la construction et l’entretien du lieu.