Origine et histoire
La chapelle Notre-Dame du Château, située à Felletin en Creuse, est un édifice emblématique du gothique limousin, construit à l’initiative des prêtres communalistes de la paroisse de Beaumont. Ces derniers, insatisfaits de l’éloignement de leur église Saint-Blaise, obtinrent en 1478 l’autorisation de Pierre de Bourbon, comte de la Marche, pour ériger une nouvelle chapelle intra muros. La lettre du comte, datée du 24 juillet 1478, atteste de cette volonté collective, soutenue par la prospérité économique locale et l’ambition des consuls d’embellir la ville. Le chantier, probablement lancé peu après, s’appuya sur des matériaux cédés par le comte, dont des blocs de granite.
L’homogénéité architecturale de la chapelle suggère une construction rapide, bien que sa date d’achèvement reste incertaine. Une vicairie créée en 1470 à l’autel Saint-Michel laisse supposer des fondations antérieures à la lettre de Pierre de Bourbon. Les seules modifications ultérieures concernent deux chapelles basses ajoutées aux pans du chœur au XIXe siècle, dont une, au sud, a aujourd’hui disparu. Des traces de restaurations sont visibles, comme les dates 1553 (clef de voûte occidentale) et 1892 (clef orientale), ainsi que des liens historiques avec le collège jésuite adjacent, fondé en 1589 et reconstruit en 1824-1825.
Classée Monument Historique en 1930, la chapelle se distingue par son plan languedocien : une nef à trois travées, un chœur à cinq pans, et six chapelles latérales voûtées d’ogives. Son portail flamboyant, sa tourelle d’escalier, et son clocher à flèche octogonale en bardeaux témoignent d’une influence méridionale. Malgré son nom, elle n’a jamais été un sanctuaire castral, mais un lieu de culte urbain destiné à remplacer l’église éloignée de Beaumont. Au XVIIe siècle, elle fut associée au collège jésuite, puis devint une chapelle scolaire au XIXe siècle.
Les restaurations successives (1882, 1892, 1930, 1998) ont préservé son intégrité, incluant la reconstruction de la chapelle sud-est, effondrée malgré des consolidations en 1967. Aujourd’hui, l’édifice, toujours consacré, accueille des expositions saisonnières liées à la tapisserie, reflétant le patrimoine artisanal local. Son histoire mêle ainsi ambition religieuse, pouvoir comtal, et vie communautaire, depuis sa fondation médiévale jusqu’à sa vocation culturelle contemporaine.