Origine et histoire de la Chapelle Sainte-Radegonde
La chapelle Sainte-Radegonde de Chinon est un édifice semi-troglodytique, creusé dans le tuffeau jaune du coteau dominant la vallée de la Vienne. Son origine remonte probablement à l’Antiquité, avec un puits aux eaux réputées miraculeuses, avant d’être christianisé au VIe siècle par l’ermite Jean le Reclus, un religieux britannique. Ce dernier, installé dans une grotte voisine, attira la visite de sainte Radegonde, reine des Francs, qui lui rendit hommage à plusieurs reprises. La chapelle actuelle, mentionnée comme ecclesia dès 1269, fut principalement aménagée aux XIe–XIIe siècles, avec une nef troglodytique consolidée par des colonnes monolithes et une seconde nef maçonnée ajoutée après un effondrement partiel.
La chapelle abrite des peintures murales d’époques variées, dont la célèbre « chasse royale » (fin XIIe siècle), découverte en 1964. Cette fresque représente cinq cavaliers, probablement des Plantagenêts comme Henri II ou Aliénor d’Aquitaine, dans une scène de chasse au vol. D’autres décors, du XIIe au XIXe siècle, ornent les parois, dont des scènes de la vie de Radegonde et de Jean le Reclus. Pillée pendant les guerres de Religion (1563), transformée en habitation après la Révolution, la chapelle fut restaurée au XIXe siècle par Élisabeth Charre, puis classée monument historique en 1967. Elle abrite depuis 1966 un musée des arts et traditions populaires.
Le site comprend aussi un puits antique, des cavités troglodytiques aménagées en habitations, et un ossuaire médiéval. Les fouilles du XXe siècle ont révélé des sarcophages mérovingiens et des statues, tandis que les peintures, restaurées en 2008 et 2011, témoignent de techniques mixtes (fresque et détrempe). Aujourd’hui ouverte au public en été, la chapelle illustre l’évolution d’un lieu de culte païen en sanctuaire chrétien, marqué par l’ermitage, les pèlerinages et les transformations architecturales.
Architecturalement, la chapelle se compose de deux nefs : l’une entièrement troglodytique, soutenue par des piliers corinthiens, l’autre à ciel ouvert, séparée par une colonnade. L’abside orientale, ornée de peintures du XVIIe siècle restaurées, mène à un déambulatoire voûté donnant accès au puits. Les murs extérieurs, en tuffeau, portent les traces d’un portail roman et de baies murées. Le complexe, propriété de la ville de Chinon depuis 1957, allie ainsi patrimoine religieux, archéologique et ethnographique.
Les peintures de la « chasse royale », étudiées par des historiens comme Nurith Kenaan-Kedar, soulèvent des débats sur leur symbolique. Datées vers le milieu du XIIe siècle grâce au carbone 14 (2019), elles pourraient commémorer un événement Plantagenêt, comme la captivité d’Aliénor ou un mariage royal. Leur technique, mêlant fresque et détrempe, et leur style transitional (roman/gothique) en font un témoignage rare de l’art médiéval tourangeau. Le site, lié à la légende de Jean le Reclus et à la dévote Radegonde, incarne aussi la christianisation des lieux païens en Val de Loire.