Origine et histoire
Le château de Pouancé, situé aux confins des Marches de Bretagne et de l'Anjou, est une forteresse communale qui couvre environ trois hectares et fut longtemps considéré comme la « seconde forteresse de l'Anjou ». Le site, implanté sur un surplomb schisteux dominant l'étang de Saint-Aubin et la Verzée, est fortifié au moins depuis la fin du haut Moyen Âge, la première mention du château figurant dans le cartulaire de Carbay pour la période 1049-1060. Des fragments de sarcophages découverts dans les murs d'églises voisines attestent l'existence d'implantations antérieures à la construction de l'enceinte. La forteresse s'est développée entre le XIIe et le XVe siècle avec l'édification progressive de tours et de courtines, sans qu'une motte soit clairement identifiée en amont. De la fin du XIIe ou du début du XIIIe siècle datent notamment la tour Saint-Aubin, la tour pointue et les vestiges de la tour du moulin. Entre 1371 et 1379, Pierre II de Valois fit construire la Grosse Tour et poser des mâchicoulis, et au XVe siècle les défenses furent adaptées à l'introduction de l'artillerie, avec l'érection de nouvelles structures défensives comme la tour heptagonale, les moineaux, la caponnière et un bastion. Le château fut le théâtre de nombreux sièges et combats, notamment pendant la guerre de Cent Ans et les conflits entre la France et la Bretagne, où il revêtit un rôle stratégique aux XVe et XVIe siècles. En 1432, il résista à un siège breton et anglais qui mobilisa plusieurs milliers d'hommes et des pièces d'artillerie, puis fut de nouveau menacé par une armée anglaise en 1443. Les affrontements franco-bretons de la fin du XVe siècle entraînèrent d'importants réaménagements défensifs et confirmèrent la place du château dans le système de défense du royaume contre le duché de Bretagne. À partir du milieu du XVIe siècle la seigneurie passa à la maison de Cossé-Brissac; la forteresse participa aux troubles des guerres de Religion et connut des occupations et des restitutions au cours des années 1590. Le château perdit progressivement sa fonction résidentielle et, aux XVIIe et XVIIIe siècles, certaines salles restèrent toutefois habitées tandis que d'autres parties tombaient en ruine ou étaient démantelées par les habitants. Des destructions, comblements et constructions d'habitations dans la haute-cour accentuèrent la dégradation jusqu'au XIXe siècle, même si le site fut déjà admiré comme « belle ruine féodale ». Au XXe siècle, des effondrements importants eurent lieu, une école privée fut installée contre la muraille nord et le site fut classé au titre des monuments historiques en 1926, puis relevé et sondé par les services des Monuments historiques. À partir des années 1960 un mouvement de sauvegarde s'organisa autour de Louis Bessière, avec des opérations de débroussaillage et de fouilles menées par des chantiers de jeunes, qui mirent au jour des éléments architecturaux, des boulets d'artillerie et une monnaie. Après plusieurs campagnes de restauration et de consolidation dans les années 1970, la propriété passa à la commune et l'association C.H.A.M. prit en charge fouilles et travaux à partir de 1981, puis fut remplacée par d'autres équipes de bénévoles dans les années 1990. Des sondages archéologiques et des opérations de dégagement menés dans les années 1990 ont révélé des piles de passerelle, la tour nord du châtelet, le moineau nord, des piles de la passerelle et des traces d'aménagements des fossés, mais le site n'a pas encore fait l'objet d'une étude archéologique exhaustive. Le château est aujourd'hui propriété communale, géré pour les visites par l'Office de Tourisme de l'Anjou bleu; il est ouvert au public en saison et sur réservation hors saison, avec des visites guidées d'environ une heure. Implanté sur un promontoire rocheux, l'ensemble comprend une enceinte ovale flanquée de six tours cylindriques, une basse et une haute cour séparées par des fossés secs qui ont été remblayés aux XIXe–XXe siècles. L'entrée vers la basse-cour se fait par la tour-porche du XVe siècle, agrandie au XVIIe siècle et transformée en logements, tandis que l'accès à la haute-cour se faisait par un châtelet à deux tours en « U » doté d'une passerelle et de piles successivement transformées en culées. Deux poternes percées dans l'enceinte donnaient accès aux fossés, la poterne sud, bien conservée, présente une herse manœuvrable depuis une salle de manœuvre et plusieurs dispositifs de liaison avec les salles de tir, tandis que la poterne nord a été condamnée au XVe siècle par la construction d'un moineau. Les tours se succèdent du nord au sud : la tour du Moulin (partiellement effondrée), la tour Saint-Antoine (probablement XIIIe siècle) avec cinq meurtrières et un dôme, la tour Heptagonale (XVe siècle) munie d'une salle basse pour couleuvrines et d'ouvertures pour l'artillerie, la Grosse Tour (probablement XIVe siècle) à plan circulaire au rez-de-chaussée et heptagonal à l'étage, la tour de la Dame Blanche (fin XIIe–XIIIe siècle) et la tour Criminelle, effondrée en 1936. Le grand logis, découvert lors de fouilles, est un bâtiment rectangulaire à un étage avec une cheminée centrale, des fenêtres à coussièges et un sol carrelé conservé, tandis qu'une vaste glacière voûtée creusée sous le logis est accessible par un couloir voûté. Dans la basse-cour subsistent les restes d'un bastion à plusieurs niveaux desservis par un escalier à vis, des moineaux protégeant les fossés et une caponnière accolée à la Grosse Tour, qui comportait plusieurs ouvertures de tir et reliait la poterne de la Dame Blanche en chicane. Malgré les travaux de consolidation et les études récentes, de nombreuses questions demeurent sur l'organisation et l'évolution du site, dont la connaissance s'est pourtant améliorée grâce à des recherches universitaires et des analyses d'archéologie du bâti.