Origine et histoire
Le site du château de Montgey est occupé depuis l'Antiquité : une voie romaine passait là où se trouve aujourd'hui l'allée de cyprès du parc, et des vestiges — têtes sculptées, fonds d'amphores et tegulae — attestent d'une présence romaine, peut‑être liée à un fanum dédié à Jupiter. Des murailles et des fondations anciennes ont été reprises dans les constructions ultérieures ; la base des murs du corps principal et certains éléments à l'ouest et au nord‑ouest renvoient à une phase primitive, et des souterrains dont l'entrée se situe dans le parc semblent également remonter à cette époque. La partie la plus ancienne reconnue dans les élévations actuelles comprend un rempart occidental, en partie nord, d'environ trois mètres d'épaisseur reposant sur ces fondations anciennes. Le château primitif existait au début du XIIIe siècle : il était le fief de la puissante famille de Roquefort, dont Jourdain, seigneur de Montgey, apparaît dans les sources de 1209. Lors de la croisade des Albigeois, la bataille de Montgey en avril 1211 vit la défaite de renforts croisés et l'intervention de Jourdain de Roquefort aux côtés du comte de Foix ; en représaille Simon de Montfort détruisit le village et prit le castel, avant que Jourdain ne le réoccupe après la mort de Simon en 1218. Les liens de la famille avec le catharisme et avec Raymond de Péreille de Montségur ont alimenté des légendes locales, dont celles évoquant un trésor cathare. Une autre tradition, peut‑être fondée, rapporte qu'au cours de la guerre de Cent Ans des assaillants anglais furent repoussés par la chute de ruches sur eux, d'où le surnom populaire de « Montgey la Mouche ». À partir de la fin du Moyen Âge la seigneurie change plusieurs fois de mains ; le château sert de garnison pendant les guerres de Religion et, en 1639, apparaît la famille de Franc parmi ses détenteurs. Alexandre de Franc, enrichi par le commerce du pastel, entreprend des réaménagements qui se poursuivent aux XVIe et XVIIe siècles puis se prolongent jusqu'au XVIIIe siècle par la construction de communs sur cave voûtée en dehors des remparts nord. L'aspect principal que présente aujourd'hui l'édifice date des XVe et XVIe siècles : le château a un plan quadrangulaire organisé autour d'une cour centrale, flanqué de quatre tours — trois carrées et une tour heptagonale — et doté d'une façade sud convexe ; le rez‑de‑chaussée correspond à l'emplacement de l'ancien château et la grande salle conserve le souvenir du corps principal d'habitation. Une galerie à l'italienne composée de huit arcades en plein cintre reliait le corps principal à la tour dite du Chevalier, et deux autres tours avancées complétaient la défense, qui s'appuyait au pied du village sur des fossés. Aux XVIe et XVIIe siècles, des ouvertures pour l'artillerie sont aménagées et des éléments de confort et d'apparat sont ajoutés : fenêtres à meneau, portails ornés de pilastres, une cheminée Renaissance dans la grande salle qui manifeste l'influence de l'école de Fontainebleau, terrasses et promenades. Au XVIIe siècle on restaure deux tours sud, on ouvre la grande porte ornée de pilastres et on construit le grand escalier d'échiffre ; les travaux se concluent au XVIIIe siècle, vraisemblablement vers 1723, par l'achèvement des communs. Au XIXe siècle un petit donjon crénelé est ajouté au‑dessus des toitures. Après la Révolution les marques héraldiques ajoutées par les Franc sont martelées ; le château passe ensuite entre diverses familles, dont les barons de Belcastel, et connaît des usages variés, accueil de moines entre les deux guerres puis détention de prisonniers politiques en 1939. Acquis en 1971 par Pierre et Sophie Bouyssou, il a fait l'objet de campagnes de restauration visant à lui rendre son aspect du XVIe siècle et ouvre parfois au public lors des Journées du patrimoine. Le château de Montgey est inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 13 mars 1975.