Origine et histoire du Château d'Acquigny
Le château d'Acquigny, situé dans la vallée de l'Eure en Normandie, remplace un ancien château fort rasé en 1378 après les conflits franco-navarrais. Pendant la guerre de Cent Ans, il fut un enjeu stratégique, pris par les Navarrais en 1356, puis repris par les Français en 1364 après un siège mené par Jean Bureau de la Rivière. Les chroniques de Froissart décrivent sa résistance acharnée, soulignant son importance militaire au XIVe siècle. Le site, contrôlant la navigation sur l’Eure, fut finalement détruit sur ordre de Charles V en 1378, marquant la fin de son rôle défensif médiéval.
Le château actuel fut construit entre 1557 et 1572 par Anne de Laval, cousine du roi et héritière des Montmorency, en hommage à son époux Louis de Silly. Son plan complexe, inspiré par leurs initiales entrelacées (A.L.L.S.), intègre une tourelle à loggias et une façade ornée de motifs célébrant leur amour. L’édifice, décrit comme « rebâty et de nouveau construit » en 1584, mêle élégance Renaissance et symbolisme personnel, avec des décors sculptés aujourd’hui dispersés (musée de Lyon, Waddesdon Manor).
Au XVIIIe siècle, le domaine fut transformé par Pierre-Robert Le Roux, baron d’Esneval, qui ajouta trois ailes basses, une orangerie, et une chapelle reconstruite par l’architecte Charles Thibault. Ce dernier conçut aussi un « petit château » ermitage pour le président d’Acquigny, pieux et inspiré par la règle trappiste. Le parc, redessiné vers 1820, intégra une rivière sinueuse, des cascades et des essences exotiques, reflétant l’influence romantique et les goûts paysagers de l’époque.
Les restaurations du XIXe siècle, menées par Zénaïde d’Esneval et l’architecte Félix Duban, modernisèrent l’intérieur au détriment des décors Renaissance, dont une partie fut vendue ou démontée. Après les dégâts de la Seconde Guerre mondiale, Roger d’Esneval entreprit des travaux d’urgence dès 1945, permettant la réouverture progressive du domaine au public à partir de 1989. Aujourd’hui, le parc et les jardins, labellisés Jardin remarquable, offrent un témoignage exceptionnel de l’évolution des styles architecturaux et paysagers, des guerres médiévales à l’art de vivre du XVIIIe siècle.
Le site conserve aussi des traces de son histoire hydraulique, avec un réseau de canaux alimentés par l’Eure et l’Iton, détourné dès le XIIe siècle par les moines de Conches-en-Ouche. Ces aménagements, initialement défensifs et agricoles, devinrent au XVIIIe siècle des éléments esthétiques, avec des miroirs d’eau et des cascades. Le potager du XVIIIe siècle, entouré de murs de briques roses, abrite des arbres fruitiers palissés et des collections botaniques, tandis que l’orangerie, construite vers 1746, accueille aujourd’hui des agrumes et des événements culturels.
Protégé au titre des monuments historiques depuis 1926, le domaine comprend le château (classé en 1946), les communs, l’orangerie, et l’ensemble du parc avec son réseau hydraulique. Les protections successives (1951, 1993) soulignent la valeur patrimoniale de ce lieu, où se mêlent histoire militaire, architecture Renaissance, et art des jardins, faisant d’Acquigny un exemple unique de la transmission du patrimoine normand à travers les siècles.