Origine et histoire du Château d'Agnou
Le château d'Agnou trouve ses origines au XIIe siècle, où un premier château fortifié, le château Saint-Vincent, appartenait à la famille de Boutigny sur le fief d'Agnou à Maule. Construit dans le faubourg et entouré de murailles englobant le bourg, il fut démantelé sur ordre de Louis VI le Gros, puis définitivement détruit en 1357 par Charles le Mauvais de Navarre lors du saccage de la ville. Les seigneurs de Maule résidèrent ensuite en ville jusqu’au XVIe siècle, marquant la fin de l’ère médiévale pour ce site.
Au XVIe siècle, la famille Harlay de Sancy acquiert des fiefs à Maule. Nicolas Harlay de Sancy, surintendant des finances d’Henri IV, lance en 1594 la construction du château d’Agnou, après avoir asséché les marais du Bout d’Agnou. Bien que conçu comme un quadrilatère flanqué de tours, seul une aile de 60 mètres et un colombier cylindrique (pouvant abriter 6 000 pigeons) furent achevés. Le projet fut interrompu lorsque Sancy entreprit la construction du château de Grosbois en 1597, après son mariage avec Marie Moreau.
Le château changea plusieurs fois de mains : vendu en 1638 à Claude de Bullion (surintendant des finances), puis confisqué pendant la Révolution au marquis de Boisse, exilé. Les révolutionnaires endommagèrent l’édifice, vendu comme bien national en 1793 avant d’être racheté par le marquis en 1812. Au XIXe siècle, il passa aux familles Maule Plainval puis Balagny. Transformé en hospice pendant la Première Guerre mondiale et occupé par la Wehrmacht durant la Seconde, il fut abandonné dans les années 1960 avant d’être restauré dans les années 1970. Aujourd’hui, c’est une copropriété privée.
Le colombier, construit au XVIe siècle, est un chef-d’œuvre architectural avec 3 200 boulins, classés parmi les plus anciens et vastes de France. Symbole du privilège seigneurial (aboli en 1790), il abrite désormais des rapaces comme des faucons crécerelles. Les jardins, autrefois ornés de bassins, grottes artificielles et potagers, ont aujourd’hui disparu. L’aile conservée présente une façade classique à lucarnes triangulaires, des voûtes d’arêtes et un escalier de pierre descendant vers les anciens jardins.
Une anecdote célèbre lie le château à Nicolas Harlay de Sancy : en 1570, alors ambassadeur, il acquit le diamant « Sancy » (55 carats), l’un des plus gros du monde. Vendu en 1604 au roi Jacques Ier d’Angleterre, ce joyau orna ensuite les couronnes de Louis XV et Louis XVI, avant de rejoindre les collections du Louvre en 1979. Le château servit aussi de décor au film « Écoute voir » (1979) avec Catherine Deneuve.