Origine et histoire du Château d'Ancy-le-Franc
Le château d'Ancy-le-Franc, édifié entre 1538 et 1546 pour Antoine III de Clermont (1498-1578), beau-frère de Diane de Poitiers, marque un tournant architectural en France. Conçu par l’Italien Sebastiano Serlio, il incarne la Seconde Renaissance (1540-1564) avec son plan quadrangulaire modulaire, ses façades symétriques ornées d’ordres antiques, et son rejet des éléments défensifs médiévaux. Serlio y fusionne l’héritage italien (inspiré de Bramante et Raphaël) et les traditions locales, comme les toits pentus en ardoise bourguignonne, créant une « architecture française en costume italien » selon Madame de Sévigné.
À l’intérieur, les décors peint par Primatice, Nicolò dell’Abbate et des artistes flamands (comme Bartholomeus Spranger) reprennent les motifs de Fontainebleau : arabesques, médaillons mythologiques, et scènes antiques (galerie de Pharsale, chambre des Césars). Le château, laissé inachevé à la mort d’Antoine III en 1578, est complété par son petit-fils Charles-Henri, qui y accueille Henri IV (1591), Louis XIII (1631) et Louis XIV (1674). Les modifications ultérieures (fenêtres ajoutées, porte décorée) altèrent partiellement l’harmonie originelle des façades, notamment le jeu de pleins et vides conçu par Serlio.
Acquis en 1683 par François-Michel Le Tellier de Louvois, ministre de Louis XIV, le domaine se transforme en un « Versailles bourguignon ». Louvois fait construire des communs en U par Jules Hardouin-Mansart ou Robert de Cotte, et confie à André Le Nôtre le tracé d’un jardin à la française, avec parterres brodés, bassins et allées perspectivistes. Au XVIIIe siècle, le marquis de Courtanvaux, héritier de Louvois, remplace une partie des jardins par un parc à l’anglaise (1759), préservant seulement la perspective centrale. La Révolution épargne le château, mais les fossés sont comblés en 1836 et les décors intérieurs restaurés au XIXe siècle par les Clermont-Tonnerre, descendants des premiers propriétaires.
Classé Monument Historique en 1983 (confirmé en 2003), le château passe en 1999 sous la gestion de la société Paris Investir SAS, qui entreprend une restauration majeure. Les travaux, soutenus par la DRAC Bourgogne et l’INP, visent à redonner son éclat aux peintures murales, aux jardins (parterres ouest et est restaurés depuis 2016) et aux communs. Le parc de 50 hectares, mêlant héritages Renaissance, classiques et romantiques, témoigne des évolutions du goût à travers les siècles, tandis que les intérieurs conservent des chefs-d’œuvre comme la galerie de Pharsale ou la chambre de Diane.
Le château illustre aussi l’histoire des familles nobles qui s’y sont succédé : les Clermont-Tonnerre (XVIe-XIXe siècles), les Louvois (XVIIe-XVIIIe), et les Mérode (XXe siècle). Les archives familiales, comme celles exploitées par Élisabeth de Gramont (1875-1954) pour ses recherches généalogiques, révèlent son rôle de lieu de mémoire et de pouvoir. Aujourd’hui, Ancy-le-Franc reste un exemple unique d’architecture modulaire Renaissance, où l’influence de Serlio et de l’école de Fontainebleau dialogue avec les transformations paysagères de Le Nôtre et des jardiniers anglais.