Origine et histoire du Château d'Ancy-le-Franc
Le château d'Ancy‑le‑Franc, élevé au milieu du XVIe siècle pour Antoine III de Clermont‑Tonnerre, est un chef‑d'œuvre de la Renaissance française issu d'un projet attribué à l'architecte italien Sebastiano Serlio. Il marque un tournant stylistique de la Seconde Renaissance par l'harmonie de ses proportions, l'emploi des ordres antiques et l'apparition d'une architecture modulaire. Serlio y a pu réaliser un projet complet sur un terrain vierge, mêlant principes italiens et traditions françaises : murs en pierre calcaire de Bourgogne, toits pentus et lucarnes de facture classique. Le plan quadrangulaire associe pavillons d'angle et lanternons, un cortile central ordonné par des pilastres et des entablements continus, ainsi que des arcades ouvrant sur des péristyles et des escaliers d'angle. L'ordonnance des façades joue sur l'alternance des baies et des travées aveugles ; les trumeaux initialement laissés vides furent percés de fenêtres sous Charles‑Henri de Clermont‑Tonnerre, modifiant la lecture originelle. La porte sud, partie intégrante du projet primitif, est surmontée de la devise SOLI DEO GLORIA et porte la date gravée 1546 ; la devise familiale SI OMNES EGO NON se répète dans la cour intérieure. Antoine III, seigneur actif à la cour, conserva des aménagements défensifs sur lesquels le château prit néanmoins un tour résidentiel ; pont‑levis et fossés furent comblés au XIXe siècle. Les décors intérieurs, inspirés de la salle de bal de Fontainebleau, sont attribués principalement au Primatice et aux peintres de la première école de Fontainebleau, avec l'intervention probable de Nicolò dell'Abbate, Luca Penni et d'artistes flamands italianisés. Parmi les pièces remarquables figurent la salle des Césars, la galerie des Sacrifices, la galerie de Pharsale, la chambre du Pastor Fido et la grande salle des Gardes ; la chapelle fut consacrée en 1604. Le château a accueilli des souverains et hôtes illustres au fil des siècles et les travaux se sont poursuivis après la mort d'Antoine III, notamment sous son petit‑fils Charles‑Henri. En 1683, François‑Michel Le Tellier, marquis de Louvois, acheta la propriété, fit ériger de grands communs disposés en U par Robert de Cotte ou Jules Hardouin‑Mansart et confia à André Le Nôtre l'aménagement des jardins. Au XVIIIe siècle, François‑Michel César Le Tellier, marquis de Courtanvaux, transforma une partie du parc en jardin à l'anglaise tout en conservant la perspective centrale et fit réaliser pavillon et cascades attestés par des plans d'époque. Les jardins ont successivement été conçus comme un jardin de la Renaissance, réaménagés à la française par Louvois avec canaux et parterres, puis partiellement convertis en parc à l'anglaise à partir de 1759 ; le domaine couvre aujourd'hui environ 50 hectares. Après les troubles révolutionnaires et des ventes successives, le château fut racheté en 1845 par des membres de la maison de Clermont‑Tonnerre et fit l'objet de travaux sous la direction de l'architecte Henri Parent ; il passa ensuite à la famille de Mérode en 1940. Acquis en 1999 par la Société Paris Investir SAS, le monument fait l'objet d'une restauration conduite par un collectif d'experts, appuyée par la DRAC Bourgogne et l'Institut national du patrimoine. Le château, ses communs, le pavillon du parc, les douves, le parc ordonnancé et le mur de clôture sont classés au titre des monuments historiques, classement prononcé en 1983 et confirmé en 2003. Des campagnes de restauration récentes ont concerné les jardins, la remise en eau de fontaines et la restitution de parterres inspirés de documents anciens, tandis que l'inventaire du mobilier et des archives a donné lieu à des opérations et publications publiques.