Origine et histoire
Le château d'Anglade actuel, construit au XVIIIe siècle à Izon (Gironde), est l’œuvre de l’architecte Victor Louis, célèbre pour le Grand Théâtre de Bordeaux. Commandé par Jacques Pellet d’Anglade, négociant bordelais enrichi dans le commerce colonial, il remplace un ancien château médiéval situé à 2 km à l’ouest, aujourd’hui en ruine. Le domaine, organisé en forme de U, inclut un corps de logis central flanqué de pavillons, une chapelle, et des communs encadrant une cour d’honneur. Une allée de 1 500 mètres, bordée d’ormes et encadrée par deux pavillons de garde du XVIIe siècle, mène à l’entrée principale.
L’ancien château d’Anglade, daté du XIe siècle, était une motte castrale transformée au Moyen Âge puis à la Renaissance. Situé en bordure du marais de Glaugela, il comprenait une motte ovale entourée de fossés, une basse-cour carrée, et des dépendances des XVIe et XVIIe siècles. Une chapelle, dotée d’un clocher et d’une porte à pignon brisé, complétait l’ensemble. Abandonné après 1830, il n’en subsiste aujourd’hui que des ruines. La famille d’Anglade, seigneuriale depuis le XIIIe siècle, perdit puis récupéra ses terres après des alliances fluctuantes pendant la guerre de Cent Ans.
Au XVIIIe siècle, la famille Pellet, enrichie dans le commerce des « îles du sucre », acquiert le domaine en 1738. Jean Pellet, négociant et armateur bordelais, achète la seigneurie pour 145 000 livres et fait construire le nouveau château entre 1778 et 1788. Son fils Jacques, guillotiné en 1793 pendant la Révolution, voit le domaine confisqué puis racheté en 1797 par un homonyme, probablement son fils. Le château, inscrit aux Monuments Historiques en 1965, passe ensuite à la famille Dufoussat au XIXe siècle, qui développe un vignoble prospère grâce à des techniques anti-phylloxéra innovantes.
Au XIXe siècle, Léo Dufoussat, maire d’Izon pendant 42 ans, modernise le domaine et exploite un vignoble de 200 hectares, produisant jusqu’à 6 000 hectolitres en 1893. Les vignes, protégées des ravages du phylloxéra par des inondations contrôlées, compensent les pertes des autres exploitations bordelaises. Au XXe siècle, le domaine décline et est abandonné en 1989. Aujourd’hui, le château est restauré par Christophe Bocquillon, qui relance l’activité viticole, tandis que les pavillons d’entrée, cédés à la commune, abritent des expositions culturelles.
L’architecture du château-neuf mêle classicisme et élégance : façades symétriques, avancée centrale sur la face nord, et boiseries d’époque conservées à l’intérieur. Les deux pavillons de garde, classés en ruine au XIXe siècle, ont été restaurés par la commune. Le caveau familial des Pellet, toujours présent, témoigne de l’histoire mouvementée de cette lignée, marquée par des procès, des alliances stratégiques et une fin tragique sous la Terreur. Le domaine illustre ainsi l’évolution des élites bordelaises, du commerce colonial à la noblesse terrienne.