Origine et histoire du Château d'Angles-sur-l'Anglin
Le château d'Angles-sur-l'Anglin est attesté dès 1025 comme place forte surveillant la frontière entre Poitou, Touraine et Berry. Situé sur un piton rocheux dominant l’Anglin, il appartenait initialement aux barons d’Angles, suzerains des seigneurs de Luzignan. Au XIIIe siècle, il passe sous le contrôle des évêques de Poitiers, qui en font une pièce maîtresse de leur système défensif autour de la cathédrale. Le site, stratégique, est mentionné comme propriété de l’évêché jusqu’à la Révolution, après avoir été acheté à la famille de Lezay à la fin du XIIIe siècle.
Au XIVe siècle, le château joue un rôle clé durant la guerre de Cent Ans. Guichard III, seigneur d’Angles et sénéchal de Saintonge, est nommé maréchal de Guyenne en 1356 lorsque le Poitou tombe sous domination anglaise. En 1372, Bertrand Du Guesclin reprend le château aux Anglais après un siège. La légende locale évoque une « tranchée des Anglais », un escalier taillé dans la falaise, censé avoir permis une prise nocturne du site. Ces événements illustrent son importance militaire dans les conflits franco-anglais.
Les XVe et XVIe siècles marquent une période de transformations et de troubles. Les évêques Hugues de Combarel et Guillaume de Charpagne entreprennent d’importants travaux, construisant un « château neuf » et remaniant le donjon roman du XIIe siècle. Cependant, les XVIe et XVIIe siècles voient le monument changer de mains à plusieurs reprises : pris par les protestants, les ligueurs, les royaux, puis les frondeurs. Délaissé par les évêques au XVIIIe siècle pour des raisons financières, il est autorisé à l’abandon en 1708 avant de servir de carrière publique après 1793.
Sauvé de la destruction au XXe siècle, le château est classé monument historique en 1926 après son rachat par la Société des antiquaires de l’Ouest en 1923. Depuis 1986, il appartient à la commune d’Angles-sur-l’Anglin. Ses vestiges imposants, incluant un donjon à contreforts, des tours (prison, chapelle, « aux oignons »), et une double enceinte, témoignent de son évolution architecturale du XIe au XVe siècle. Le site, ouvert au public, domine toujours le village et la confluence de l’Anglin et de la Gartempe.
L’organisation défensive du château reflète les techniques médiévales : un fossé taillé dans le roc barre l’éperon, tandis que le donjon carré, flanqué de contreforts cylindriques, sépare deux cours intérieures. La « tranchée des Anglais », faille naturelle retravaillée, et les chapelles castrales rappellent son double rôle de forteresse et de résidence épiscopale. Les vestiges, bien que partiellement détruits, offrent un exemple remarquable d’architecture militaire poitevine, marquée par les conflits et les adaptations successives.