Origine et histoire du Château d'Angoulême
Le château d’Angoulême, situé dans la ville haute, fut édifié entre le XIIe et le XVe siècle par les comtes d’Angoulême, notamment les familles Taillefer et Lusignan. Au XIIIe siècle, le donjon des Lusignan est construit, suivi au XVe siècle par la tour des Valois sous l’impulsion de Jean d’Orléans, grand-père de François Ier. Ces fortifications furent renforcées pour protéger la ville et intégrer le quartier Saint-Martial. Le comté, passé à la couronne de France en 1308, devint un lieu de résidence pour les gouverneurs, comme le duc d’Épernon qui y reçut Marie de Médicis en 1619.
En 1838, le maire Paul Joseph Normand de La Tranchade obtint la cession du château par le département pour en faire l’hôtel de ville, sous condition de préserver son caractère monumental. L’architecte Paul Abadie, chargé des travaux à partir de 1853, démolit une grande partie des vestiges médiévaux en 1859, ne conservant que le donjon et la tour des Valois sous la pression des archéologues. Le chantier, marqué par des dépassements budgétaires et des polémiques, s’acheva en 1868 avec un coût quasi décuplé, illustrant les tensions entre modernisation urbaine et préservation patrimoniale au XIXe siècle.
Le donjon (XIIIe siècle) et la tour des Valois (XVe siècle), seuls vestiges du château comtal, furent inscrits aux monuments historiques en 1929. Ils sont aujourd’hui intégrés à l’hôtel de ville, construit dans un style éclectique mêlant références médiévales, Renaissance et Classicisme. Le beffroi, ajouté au XIXe siècle, domine l’ensemble, tandis que les terrasses et jardins à la française environnants rappellent son héritage aristocratique. La « pierre du télégraphe », vestige d’un télégraphe Chappe installé en 1825, témoigne aussi de son évolution fonctionnelle.
Les fortifications en étoile, construites à la fin du XVIe siècle sous le duc d’Épernon, ont presque entièrement disparu. Seules trois échauguettes et une tour subsistent, dispersées dans le centre-ville. Ces éléments, associés aux deux tours conservées, rappellent l’importance stratégique du château, transformé en symbole du pouvoir municipal après sa reconstruction par Abadie. Les décors intérieurs, réalisés par des artisans comme le peintre Hugot ou le sculpteur Léon Baleyre, achèvent de faire de ce lieu un témoignage hybride de l’histoire angoumoisine.