Origine et histoire du Château d'Anterroches
Le château d'Anterroches trouve ses origines dans une ferme fortifiée du XIIIe siècle, transformée au XVe siècle par l’ajout d’un donjon rectangulaire de six niveaux, construit par la famille de Traverse après son acquisition en 1478. Ce donjon, couronné de mâchicoulis, est accompagné d’un logis oblong au début du XVIIe siècle, complété par des dépendances et une aile ouest ajoutée au XVIIIe siècle. L’ensemble reflète une évolution architecturale progressive, marquée par des adaptations aux besoins résidentiels et défensifs des époques successives.
Au XIXe siècle, le château subit deux campagnes majeures de transformations. Avant 1856, la famille de Peyrusse perce le donjon de croisées néo-renaissance, modernisant son apparence. Entre 1890 et 1906, l’architecte Jean Delpirou entreprend une restauration ambitieuse dans le style troubadour, ajoutant créneaux, échauguettes, loggias et balcons. Les intérieurs sont réaménagés dans des styles éclectiques (néo-XVIIe, néo-Renaissance), tandis que la chapelle du second étage intègre des éléments baroques issus de la chapelle primitive. Ces travaux donnent au château son aspect actuel, mêlant héritage médiéval et romantisme historiciste.
Le toponyme Anteroche, issu du roman ante rocca (« devant la roche »), souligne la position stratégique du château face à un imposant rocher. Historiquement rattaché au Valagnon (commune de Laveissière) bien que situé sur Murat, le domaine est lié à des familles nobles locales, dont les Traverse, anoblis au XVe siècle. Ces seigneurs, consuls et magistrats à Murat, marquent l’histoire du lieu jusqu’à l’extinction de leur lignée au XVIIIe siècle. Le château, inscrit aux monuments historiques en 2008, reste une propriété privée non ouverte au public, dominant la vallée de l’Alagnon.
La famille de Traverse, originaire de Murat, joue un rôle central dans l’histoire d’Anterroches. Jean de Traverse, acquéreur en 1478, fait construire le donjon après l’anoblissement de son père, Guillaume, médecin des rois Charles VII et Louis XI. La seigneurie passe ensuite aux mains des Peyrusse au XIXe siècle, puis aux descendants des d’Anterroches, dont Joseph Charles Alexandre, célèbre pour ses citations patriotiques. Ces successions reflètent les alliances et le prestige social attaché au château, symbole de pouvoir local du Moyen Âge à l’époque moderne.
Les transformations du XIXe siècle s’inscrivent dans le mouvement romantique de redécouverte du patrimoine médiéval. L’architecte Jean Delpirou, en rhabillant l’aile ouest en style néogothique et en restaurant les superstructures, crée une esthétique pittoresque typique de l’éclectisme historiciste. Les intérieurs, comme la salle à manger ou le grand salon, illustrent cette volonté de mêler les époques, tandis que l’escalier d’honneur en bois, sous un plafond à solives du XVe siècle, témoigne du respect pour les éléments originels. Ces choix artistiques font d’Anterroches un exemple marqué du style troubadour en Auvergne.