Origine et histoire du Château d'Arfeuille
Le château d'Arfeuille, situé à 2 km à l’est de Felletin (Creuse), domine un plateau boisé à 674 m d’altitude. Son origine remonte au XIIe siècle, avec un premier château attesté, mais l’édifice actuel fut reconstruit au XVe siècle par la famille Mourins d’Arfeuille, détentrice des lieux depuis au moins le XIVe siècle. En 1481, Pierre de Bourbon, comte de la Marche, autorisa Antoine d’Arfeuille à creuser des fossés et installer un pont-levis, marquant une phase de fortification. Le donjon, partie la plus ancienne (17 m × 7 m), présente des traces de défenses médiévales comme des bouches à feu et une chapelle voûtée au rez-de-chaussée.
Au XVIIIe siècle, le château subit des transformations majeures : adjonction d’un long bâtiment en retour nord-ouest, aménagement d’un jardin à la française au sud, et construction de dépendances symétriques (granges, écuries, logements). Vers 1770, une tour quadrangulaire fut ajoutée à l’ouest, tandis qu’un parc paysager fut créé à l’est par Mayeul de Douzon, épouse d’Yves d’Arfeuille. Les modifications se poursuivirent au XIXe siècle avec l’arase des mâchicoulis du donjon, la transformation du colombier en chapelle privée (seconde moitié du siècle), et des remaniements intérieurs (boiseries, redistribution des pièces).
La Révolution française marqua un tournant pour la famille d’Arfeuille : Yves d’Arfeuille, émigré et royaliste, ne rentra en France qu’en 1809 après avoir combattu aux côtés des frères de Louis XVI. Le château, resté dans la famille, fut partiellement classé Monument Historique en 2011 (donjon, façades, toitures, dépendances et clos). Aujourd’hui, il se visite l’été et lors des Journées du Patrimoine, témoignant de huit siècles d’histoire, des conflits médiévaux aux aménagements agricoles des Lumières.
L’architecture reflète ces strates temporelles : le donjon médiéval en granite, aux murs épais percés de canonnières, contraste avec les fenêtres classiques du XVIIIe siècle et les lucarnes du XIXe. Le corps central, accolé à une tour circulaire défensive (XVIe siècle), abrite des pièces aux plafonds à solives et des caves voûtées. Les dépendances, comme la ferme aux granges limousines et auvergnates, illustrent l’économie rurale locale, tandis que la chapelle-colombier symbolise l’évolution des usages. La tempête de 1999 ravagea le parc paysager, aujourd’hui en cours de restauration.
La famille d’Arfeuille, citée dès le XIe ou XIIe siècle, joua un rôle central dans l’histoire du site. Jean Morin, ancêtre décédé avant 1400, fonda une lignée qui conserva le domaine jusqu’à l’époque contemporaine. Les alliances matrimoniales (comme celle avec Mayeul de Douzon) et les engagements politiques (émigration sous la Révolution) marquèrent son destin. Le château, toujours propriété privée, perpétue ce patrimoine à travers des visites estivales et des événements culturels, tout en préservant des éléments rares comme une charpente à cruck dans les granges ou des peintures murales médiévales dans le donjon.