Origine et histoire du Château d'Argy
Le château d'Argy, édifice pré-Renaissance de style Louis XII, se situe dans la Champagne berrichonne sur la commune d'Argy (Indre, Centre-Val de Loire) et est classé monument historique depuis le 14 mai 1930. Élevé par les sires de Brillac sur l'emplacement d'un ancien manoir, il forme un quadrilatère flanqué de quatre tours inégales et était entouré de douves aujourd'hui comblées. La tour ouest, ou donjon, est munie de mâchicoulis ; un ancien pont-levis, désormais muré, donnait accès à la grande cour. Entre le donjon et la tour nord se trouve un logis à galeries d'époque Louis XII, richement sculpté, avec des arcades accoladées ornées de crochets et de fleurons, des voûtes d'arêtes et une galerie ouverte au premier étage, surmontée d'un plancher à fines solives moulurées. Plusieurs assises de la tour nord et les parements de la cour intérieure sont décorés d'un semis de monogrammes, d'initiales, de fleurs de lys et d'hermines ; la galerie sud est d'époque XVIIIe. L'oratoire, situé à l'angle de la grosse tour, conserve des carreaux émaillés portant les armes des châtelains du XVe siècle.
Les origines de la seigneurie remontent aux XIe-XIIe siècles ; un cadet de la famille de Brillac apporta la terre d'Argy par mariage au XIIIe siècle. Manoir fortifié au XIIe siècle, le site fut racheté par Guy de Brillac en 1444 puis remanié à la fin du XVe siècle par son fils Pierre ; Charles de Brillac entreprit ensuite, avant sa mort à Milan en 1509, des transformations destinées à en faire une demeure familiale du début du XVIe siècle. Après les Brillac, la seigneurie passa entre les mains de familles nobles successives, parmi lesquelles les Phélypeaux, les Beauvilliers et les Douet de la Boulaye ; ces derniers, adjudicataires en 1766, firent notamment abattre l'aile ouest. Au début du XIXe siècle, la propriété revint à la famille de La Motte St-Pierre, qui fit reconstruire une aile sur l'emplacement du corps de logis primitif ; divers propriétaires se succédèrent ensuite et les bâtiments furent abandonnés pendant la dernière guerre. Sauvé de la ruine en 1966 par le Club du Vieux Manoir, le monument, les communs du XVIIe siècle et le parc furent progressivement restaurés, le Club devenant propriétaire du château puis du parc et des communs en 1975. Après avoir reconstitué l'unité du site et relancé sa vie culturelle et touristique, le Club décida de le céder fin 2016 ; la propriété fut achetée le 29 juillet 2019 par Thomas et Alexia Henry-Gufflet.
L'architecture du château témoigne de la transition entre forteresse médiévale et demeure de la première Renaissance : la grosse tour ronde dite Tour de Brillac, couronnée de mâchicoulis, marque l'angle nord et relie deux ailes pré-Renaissance, tandis que le donjon, flanqué d'une tourelle d'escalier polygonale, occupe une place plus symbolique que strictement défensive. Les deux ailes nord composent une double galerie ouverte, inspirée des cortili italiens, et montrent des influences italiennes et espagnoles dans les chapiteaux, les colonnes torses et les décors losangés. Les façades intérieures opposent arcs en plein cintre au rez-de-chaussée et arcs surbaissés gothiques à l'étage, tandis que les murs sont investis d'un décor héraldique et d'initiales entrelacées rappelant la famille de Brillac. Plusieurs galeries basses sont voûtées de croisées d'ogives ; des tirants de fer témoignent d'interventions de consolidation. Le logis conserve des éléments de confort anciens, comme la salle des Trois Arcades du donjon, la grande salle de déambulation, la loggia privative du premier étage et plusieurs cheminées de style Louis XII. La longue aile sud, reconstruite vers 1820 sur les ruines du logis seigneurial, présente un intérieur de caractère bourgeois du Second Empire. Le moulin, doté au XIXe siècle d'un mécanisme hydroélectrique, servait à alimenter le château en eau courante et à produire de l'électricité. La basse-cour conserve des communs édifiés vers 1630, construits en moellons avec lucarnes passantes et destinés à une ferme fortifiée, ainsi qu'une grange du XIXe siècle liée au fonctionnement du moulin. Le parc de 40 hectares, recréé en 1976 sous la forme d'un jardin à l'anglaise avec parterres, prairies, plans d'eau et un étang de trois hectares, abrite une riche avifaune et des allées qui serpentent entre ruisseaux et bassins.