Origine et histoire
Le château d'Arigès est un édifice du XVIIe siècle, construit sur l’emplacement d’un ancien mas à Bédouès, en Lozère. En 1658, la famille Chapelain acquiert le domaine et y érige une chapelle avant d’agrandir la demeure pour en faire un château. En 1724, il est déjà mentionné comme un château en bon état dans les archives de l’abbé L'Ouvreleul. Au XIXe siècle, le domaine s’étend par l’acquisition de terres voisines, reflétant l’influence croissante de ses propriétaires.
Au XVIIIe siècle, le château passe aux mains de la famille de la Fare, qui marque profondément l’histoire locale. Jean Cabot, devenu Cabot de la Fare après son acquisition en 1730, et son descendant Charles, qui se proclame marquis, transforment le domaine et le village. Leur règne, marqué par des initiatives comme la création d’un ouvroir pour jeunes filles et le financement d’une école maternelle, s’étend sur un siècle et demi. Leur blason, d’azur à trois chabots d’or, orne encore aujourd’hui le portail d’entrée.
Le château, visible depuis les gorges du Tarn et le chemin de Stevenson, se compose d’un corps central flanqué de deux ailes : l’aile sud avec une tour de 20 mètres, et l’aile nord abritant écuries et grange, prolongée par une chapelle Renaissance. Le domaine, autrefois planté de vignes et doté d’un système d’irrigation ingénieux (deux béals), tombe en désuétude au XXe siècle. Inoccupé depuis les années 1950, il est aujourd’hui en cours de rénovation par des propriétaires privés et ne se visite pas.
Le château a brièvement servi de décor au film Scout toujours... (1985) de Gérard Jugnot. Son histoire reflète les mutations sociales des Cévennes, entre sériciculture, éducation des jeunes filles et déclin rural. La chapelle Saint-Saturnin, devenue sépulcre familial, et la villa Sainte-Marthe (une maison à tourelle construite au XIXe siècle) témoignent de l’héritage des Cabot de la Fare.
Architecturalement, le château illustre l’adaptation d’une demeure seigneuriale aux contraintes cévenoles : position dominante sur un méandre du Tarn, systèmes hydrauliques pour l’agriculture, et intégration dans un paysage marqué par les gorges et les routes historiques (D998, chemin de Stevenson). Son abandon progressif au XXe siècle contraste avec son rôle central aux XVIIIe et XIXe siècles, où il structurait la vie économique et sociale de Bédouès.