Origine et histoire du Château d'Arques-la-Bataille
Le château d'Arques-la-Bataille, construit au XIIe siècle sur une motte castrale préexistante, fut restauré aux XIVe et XVe siècles. Il domine un éperon crayeux entre les vallées de la Varenne, Béthune et Eaulne, offrant une position stratégique près de la Manche. Son histoire est marquée par des sièges répétés, dont celui de 1053 où Guillaume le Conquérant assiégea son oncle rebelle, Guillaume d'Arques, après une résistance d’un an.
En 1123, Henri Ier Beauclerc, roi d’Angleterre et duc de Normandie, reconstruit le château en pierre, ajoutant un donjon roman et une courtine flanquée de tours. Le site fut disputé lors des conflits anglo-français : pris par Geoffroy Plantagenêt en 1145, repris par Richard Cœur de Lion en 1195, puis cédé à Philippe Auguste en 1204 après un long siège. Pendant la guerre de Cent Ans, il résista aux Anglais jusqu’au traité de Troyes (1420), avant d’être repris par Charles VII en 1449.
Le château joua un rôle clé lors des guerres de Religion. En 1589, Henri IV y remporta une victoire décisive contre la Ligue malgré une infériorité numérique (7 000 contre 30 000 hommes), grâce à son artillerie. Abandonné militairement en 1688, il fut partiellement démantelé au XVIIIe siècle, servant de carrière de pierres. Classé monument historique en 1875, ses ruines témoignent aujourd’hui de son passé défensif et des transformations architecturales du XIIe au XVIe siècle.
Le donjon carré, érigé vers 1123 par Henri Beauclerc, est le cœur du château. Épaulé de contreforts massifs, il abritait des salles voûtées, un puits, un four et un moulin, avec des accès dissociés pour renforcer la défense. Une plateforme ajoutée à la fin du XVe siècle permit l’installation de canons. L’entrée principale, au nord-ouest, était protégée par un bastion d’artillerie construit sous François Ier, tandis qu’une seconde porte, ajoutée en 1367 par Charles V, desservait directement le donjon.
Les fossés profonds (15 à 20 mètres), creusés au XVIe siècle, et la courtine flanquée de tours illustrent les adaptations successives aux progrès militaires. Le site, vendu comme bien national en 1793, fut préservé par un particulier avant d’être acquis par l’État en 1860. Endommagé pendant la Seconde Guerre mondiale par l’occupation allemande, il est aujourd’hui partiellement accessible, notamment lors des Journées du Patrimoine.
Classé dès 1862, le château est un exemple remarquable d’architecture castrale normande, mêlant éléments romans (donjon, courtine) et adaptations Renaissance (bastions à briques). Son histoire reflète les conflits franco-anglais, les guerres de Religion et l’évolution des techniques de siège, depuis les assauts médiévaux jusqu’à l’artillerie moderne.