Origine et histoire du Château d'Eaucourt
Le château d'Eaucourt, situé à Eaucourt-sur-Somme dans les Hauts-de-France, est un vestige médiéval dont les origines remontent au moins au XIIIe siècle. Une chapelle castrale, dédiée à Sainte-Marguerite, est mentionnée dès 1301 sous le nom Aqua curte, liée à Marguerite de Picquigny, épouse de Mathieu de Roye. Ce château fort, entouré de fossés, aurait été édifié en réponse à la politique défensive de Philippe Auguste (1165–1223), visant à sécuriser les terres récemment conquises dans le Ponthieu. Son architecture initiale incluait un donjon-refuge et une enceinte rectangulaire de 40 x 50 mètres, renforcée par des tours et un châtelet d’entrée à mâchicoulis.
Au XIVe siècle, le château subit des destructions répétées dans le contexte de la guerre de Cent Ans. Démoli une première fois en 1358 par les troupes d’Abbeville pour empêcher son occupation par les Navarrois et les Anglais, il est reconstruit avant d’être repris à plusieurs reprises entre 1420 et 1421. En 1421, Jacques d’Harcourt, gouverneur du Crotoy, le reprend aux Anglo-Bourguignons avant qu’il ne soit incendié par Philippe le Bon, duc de Bourgogne, en juillet de la même année. Reconstruit en 1436 par Jean d’Eaucourt, il est pillé en 1440 par Pierre Renaud de Vignolles, qui rançonne son seigneur.
À partir du XVe siècle, le château change plusieurs fois de mains par alliances matrimoniales ou ventes, passant notamment à Isabelle d’Eaucourt (épouse de Louis d’Humières en 1499) puis à Françoise de Soyécourt en 1575. Pendant les guerres de Religion (1589), les ligueurs catholiques d’Abbeville s’en emparent après un siège contre les troupes protestantes d’Henri IV, conduisant à son démantèlement progressif. Au XVIIIe siècle, il est encore habité sporadiquement, comme en témoigne la présence de François Vaillant (1777–1779), avant d’être abandonné. Les vestiges, partiellement préservés jusqu’en 1795, se dégradent ensuite rapidement.
Depuis 1983, l’Association pour la Restauration du Château d’Eaucourt (A.R.Ch.E.), fondée par Damien Maupin, mène des travaux de conservation et d’animation du site. Des fouilles archéologiques (2015) ont révélé une tour polygonale et des traces du logis seigneurial. Le château, inscrit aux Monuments Historiques en 1926, propose aujourd’hui des visites pédagogiques, des ateliers sur les savoir-faire médiévaux (taille de pierre, travail du cuir), et des événements comme le Festival des savoir-faire médiévaux (mai) ou les Rendez-vous du Fleuve (depuis 2014), attirant jusqu’à 17 000 visiteurs annuels.
Architecturalement, le château se caractérisait par un châtelet d’entrée flanqué de deux tours, un pont-levis, et une tour de guet à escalier en vis. Les descriptions du XIXe siècle (R. Belleval, 1860) évoquent un donjon carré indépendant, entouré de trois tours rondes à mâchicoulis, similaires à celles du château de Rambures. Les vestiges actuels incluent des murs bas, l’arcade du châtelet (restaurée en 1989), et des fossés encore visibles. Une gravure de 1795 montre le donjon encore debout, avec des toits en tuiles plates, avant sa disparition progressive.
Le site, géré par des bénévoles, met en valeur la vie quotidienne médiévale à travers des reconstitutions et des chantiers participatifs. Les animations s’adressent aux scolaires (avril–juillet) et au grand public, avec des thèmes comme la reconstruction d’un château, le jardin médiéval, ou les techniques artisanales. En 2013, la fréquentation atteint 15 000 visiteurs, dont 2 000 pour la fête médiévale d’août. Les fouilles de 2015 ont confirmé l’étendue du logis seigneurial, offrant de nouvelles perspectives pour la compréhension du site.