Origine et histoire du Château d'Éguzon-Chantôme
Le château d’Éguzon-Chantôme, situé dans l’Indre en région Centre-Val de Loire, trouve ses origines au XIIe siècle comme forteresse médiévale. Fondé comme édifice militaire, il était ceint de douves et de huit tours défensives, dont certaines présentaient des éperons au-dessus des fossés. Les vestiges actuels incluent deux tours conservant leurs toitures, un portail à mâchicoulis (dont le pont-levis fut maçonné ultérieurement), ainsi que des salles de tir réparties sur un à trois étages. Ces éléments illustrent une architecture militaire typique, conçue pour résister aux assièges.
Au XVIIe siècle, le château abritait un ensemble résidentiel et utilitaire : pavillon, corps de logis, écuries, grange et fuye (colombier). Les bâtiments modernes visibles aujourd’hui — un manoir et une bergerie du XVIIIe siècle, ainsi que des communs du XIXe siècle — furent édifiés sur les fondations du chastel du XIIe siècle et du corps de logis du XVe siècle. Des galeries souterraines, non explorées à ce jour, pourraient subsister sous l’enceinte. L’ensemble fut inscrit aux Monuments Historiques en 1974, reconnaissant sa valeur patrimoniale.
La propriété changea plusieurs fois de mains à partir de la Révolution française. En 1791, Martial-César Morel de Fromental et son épouse vendirent le domaine — incluant manoir, étang, métairies, moulins et tuilerie — à Denis-Louis-Joseph Robin de Scévole, président du district d’Argenton. Ce dernier le transmit à son fils, François Louis Joseph Robin de Scévole, qui revendi progressivement les terres et le château en 1823 à Joseph Delacou. La famille Huart, qui en hérita par mariage en 1842, le conserva jusqu’en 1899, date à laquelle Athanase Bassinet, entrepreneur et futur sénateur, l’acquit et entreprit des restaurations.
Au XXe siècle, la famille de Jeanne Régy (née Bassinet) occupa les lieux jusqu’à la vente du château à la commune en 2000. Après restauration, le manoir du XVIIIe siècle accueille désormais la mairie, tandis que les communs abritent le Musée de la Vallée de la Creuse, dédié aux traditions rurales du Sud-Berry entre le XVIIIe et le XXe siècle. Le site valorise ainsi un patrimoine à la fois militaire, seigneurial et ethnographique.
Les vestiges du château, bien que partiellement transformés, témoignent de près de neuf siècles d’histoire, depuis la forteresse médiévale jusqu’à son rôle contemporain comme lieu de mémoire et d’administration locale. Les éléments défensifs (tours, enceintes, mâchicoulis) coexistent avec des ajouts des XVIIe–XIXe siècles, offrant un palimpseste architectural caractéristique des châteaux remaniés au fil des époques.