Origine et histoire
Le château d'Enzanville, mentionné dès 988 sous le nom Anseinivilla dans un diplôme d’Hugues Capet, est historiquement lié à l’abbaye Sainte-Colombe de Sens. En 836, l’empereur Louis le Débonnaire y rattache des terres, dont celle de Sermaises, pour soutenir le monastère. Ce lien perdurera : le château restera un bénéfice de l’abbaye, servant à la fois de protection pour la ville royale d’Étampes et de lieu de perception d’impôts au profit de l’abbaye Saint-Pierre-le-Vif de Sens.
Construit entre les XIIe et XIIIe siècles, le château adopte une structure défensive carrée flanquée de deux tours rondes, dont une a aujourd’hui disparu. À l’origine dépourvu d’ouvertures au rez-de-chaussée, il est modifié au XVe siècle par l’ajout d’une porte et d’une cheminée. La seigneurie d’Enzanville, dépendante des coutumes d’Étampes (1556), passe entre les mains de familles nobles : les Saint-Lubin au XVe siècle (Jean de Lubin, Grand Fauconnier de France en 1428), puis les De Vidal du XVIIe au XVIIIe siècle.
La famille De Vidal marque profondément l’histoire du château. André de Vidal (1643-1708), gendarme de la Garde du Roi, en est seigneur en 1688. Son petit-fils, Charles-Alexandre (1735-), lieutenant au Régiment Royal-Lorraine, porte en 1774 le titre de Seigneur d’Anzanville des Grands Chatellier. En 1789, le château appartient à M. de Vidal de Lion, chevalier de Saint-Louis, présent aux États généraux pour le bailliage d’Étampes. Après la Révolution, le domaine change de mains à plusieurs reprises, appartenant aux Gougelet jusqu’en 2013, puis à Xavier Jeudon jusqu’en 2019.
Décrit en 1896 comme une « petite forteresse » devenue « grande ferme », le château d’Enzanville illustre l’évolution des édifices médiévaux en bâtiments agricoles. Son donjon carré, flanqué d’une tour ronde subsistante, rappelle son passé militaire. Les archives locales, comme le Cartulaire de l’Yonne ou les écrits de Dom Basile Fleureau (1668), attestent de son rôle judiciaire et seigneurial, avec une « justice haute, moyenne et basse » exercée par l’abbé de Sainte-Colombe.
La toponymie du lieu reflète son histoire mouvementée : Enzanville en Beauce, Anzanville, ou Auzanville dans les textes anciens. Le château, bien que transformé, conserve des traces de son architecture médiévale, témoignant de son importance stratégique pour l’abbaye de Sens et la couronne de France, notamment sous Charles VI, dont un privilège confirme l’appel direct des causes au Parlement de Paris.