Origine et histoire du Château d'Epinal
Le château d'Épinal, perché sur une crête rocheuse à 387 mètres, domine la ville et la vallée de la Moselle. Il succède à une première forteresse de l'an mil et fut reconstruit vers le milieu du XIIIe siècle par l'évêque Jacques de Lorraine. Le site présente une enceinte polygonale, un puissant donjon résidentiel et une grande citerne à corps filtrant ; les fouilles des années 1980 ont mis au jour les restes du logis seigneurial et d'autres bâtiments tels que l'arsenal, le logis du capitaine, un four et une chapelle. Agrandi et adapté à l'artillerie par les ducs de Lorraine au début du XVIe siècle, le château fut détruit en 1670 par les troupes de Louis XIV. L'ensemble fortifié est classé monument historique depuis 1992.
Vers 980, l'évêque Thierry I fit édifier une première tour, probablement en bois, dite tour du voué, sur la pointe de l'épine gréseuse pour protéger ses biens et surveiller la Moselle. Cette tour, entourée de palissades, abritait le prévôt ou l'avoué et contrôlait les vallons d'Ambrail et de Saint‑Michel.
Au XIIIe siècle un nouveau château fut bâti au sommet de l'épine rocheuse ; il comprenait, d'ouest en est, un châtelet probablement doté d'écuries et d'ateliers, un fossé sec occidental, l'enceinte proprement dite et un fossé oriental lié à l'exploitation de la pierre. La construction, engagée peut‑être sous l'épiscopat de Conrad de Scharfeneck, fut poursuivie par Jacques de Lorraine et s'accompagna de murailles et de fossés protégeant la ville. Typologiquement, il appartient aux enceintes polygonales à bergfried répandues en ancienne Lotharingie ; son donjon évoque les grands donjons quadrangulaires résidentiels. Le tremblement de terre de 1356 a laissé des fissures visibles lors des fouilles du donjon.
À partir du XVe siècle, l'armement évolue : les tours furent percées de canonnières basses pour l'artillerie et conservèrent des archères en hauteur, et un contrefort‑bouclier pourrait avoir été ajouté au nord du donjon. Le siège de 1465 mené depuis le plateau de la Justice endommagea le front nord et le logis adossé. Entre la fin du XVe et le début du XVIe siècle furent réalisés l'arsenal, la salle neuve et d'importants aménagements d'accès et de ponts, ainsi que l'adaptation des défenses à l'artillerie. Divers travaux datés de 1512 à 1525 concernent la percée de canonnières, la construction de ponts et de piliers en pierre, la reconstruction possible de la tour de Lespinoux et la création d'ouvrages défensifs comme plessis et barbacane. En 1533 la toiture du donjon fut relevée et un petit beffroi en colombages fut construit ; la grande tour reçut une couverture carrelée l'année suivante.
Au début du XVIIe siècle l'état du château se dégrade et de nombreux éléments de charpente et de couverture nécessitent des réparations. Le plan Bellot de 1626 montre un site allongé organisé en trois enceintes successives flanquées de tours souvent ouvertes à la gorge, construites selon la technique des deux parements et d'un massif de blocage en grès rose ; les murs conservant leur chemin de ronde mesuraient alors environ dix mètres de haut et un à deux mètres d'épaisseur.
Les décennies suivantes voient de nouvelles transformations et combats : ponts et galeries sont refaits, des bâtiments sont signalés inhabitables et la ville subit plusieurs sièges et occupations jusqu'au milieu du XVIIe siècle. En 1641 la toiture du donjon fut supprimée pour en faire une plate‑forme et la paroi nord du donjon fut fortement dégradée ; en 1641‑1649 la place résista puis fut prise après la mise en œuvre de la sape et de la mine. Les réparations provisoires, levées de terre et remblais accumulés entre 1645 et 1656 ensevelirent des vestiges et nivelèrent des structures antérieures. Après les épisodes militaires du XVIIe siècle et le siège de 1670, la ville fut condamnée à détruire ses fortifications et le château perdit sa fonction de place forte.
Aux XVIIIe et XIXe siècles les pierres du château furent réutilisées pour des travaux urbains et militaires ; le domaine passa par des mains privées puis fut acheté en 1804 par Christophe Doublat qui y aménagea un jardin paysager pré‑romantique, fit édifier une tour d'escalier dite « chinoise » et plusieurs fabriques et dépendances. Le site fut progressivement ouvert au public après des acquisitions et des donations au XIXe siècle, puis envahi par la végétation au XXe siècle jusqu'à la fin des années 1970.
À partir de 1984 des fouilles dirigées par Michel Bur ont dégagé de nombreux vestiges et contribué à la redécouverte et à la réappropriation du site par les Spinaliens. Dans les années 1990 l'ensemble des vestiges du château et les bâtiments du XIXe siècle furent classés ou inscrits au titre des monuments historiques et des projets de restitution et de mise en valeur furent discutés, notamment la restauration du donjon et la valorisation du jardin de Doublat. La tour chinoise a fait l'objet d'études puis d'une restauration entre 2009 et 2011 avec le concours des pouvoirs publics et de mécènes, et le parc a été réaménagé de 2011 à 2013.