Origine et histoire du Château d'Ermenonville
Le château d’Ermenonville, situé dans l’Oise, trouve ses origines au Xe siècle avec une première construction sous Hugues Capet. Au Moyen Âge, il appartient à des seigneurs féodaux comme la famille de Lorris, puis accueille occasionnellement Louis XI. En 1600, Henri IV en fait l’acquisition pour son fidèle Dominique de Vic, qui y reçoit Gabrielle d’Estrées. Le château conserve alors un aspect médiéval, avec donjon et tours, jusqu’aux transformations majeures du XVIIIe siècle.
En 1725, Claude-Louis Lombard modernise le château en supprimant le donjon, agrandissant les ailes, et ajoutant des décors baroques comme des frontons et balcons en fer forgé. Le château passe ensuite en 1754 à René Hatte, un riche fermier général, puis en 1763 au marquis René-Louis de Girardin. Ce dernier, inspiré par La Nouvelle Héloïse de Rousseau, transforme radicalement le parc en un jardin anglais ponctué de fabriques, tout en modernisant l’intérieur du château. En 1778, Jean-Jacques Rousseau y séjourne et y meurt, attirant des visiteurs illustres comme Marie-Antoinette ou Benjamin Franklin.
Après la Révolution, le château décline sous les héritiers de Girardin, incapables de l’entretenir. En 1830, le prince de Condé en obtient l’usufruit pour la chasse, mais le domaine revient aux Girardin à sa mort. En 1874, le château est vendu et morcelé : Gustave-Edgard de Girardin tente sans succès de le restaurer avant qu’il ne passe entre les mains de la famille Radziwiłł en 1878. Ces derniers entreprennent des travaux, mais le XXe siècle voit le château changer plusieurs fois de mains, devenant tour à tour hôtel, maison de retraite, et lieu occupé par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale.
En 1930, le château et certaines fabriques du parc sont classés Monuments Historiques. Le parc, sauvé par le Touring club de France en 1938, devient le parc Jean-Jacques-Rousseau. Au XXe siècle, le château est utilisé comme décor de films (Les Visiteurs, Elena et les Hommes) et connaît diverses reconversions, dont une brève occupation par la secte La conscience de Krishna dans les années 1980. Depuis 1991, il abrite un hôtel-restaurant de luxe, avant d’être racheté en 2018 par l’homme d’affaires Antoine Haswani.
Le parc, conçu comme un paysage philosophique, comptait à l’origine plus de cinquante fabriques, dont certaines subsistent comme le temple de la Philosophie ou l’île des Peupliers, où Rousseau fut inhumé avant son transfert au Panthéon. Le château, bien que transformé, conserve des éléments des XVIIIe et XIXe siècles, témoignant de son évolution entre résidence seigneuriale, lieu de mémoire des Lumières, et patrimoine touristique.