Origine et histoire du Château d'Escorpain
Le château d’Escorpain, situé dans l’Eure-et-Loir à 15 km de Dreux, remplace au XVIe siècle un logis seigneurial médiéval. Construit par la famille de Vieuxpont, il arbore des façades en damier de briques et silex, avec deux tours élancées. Pierre de Vieuxpont, capitaine de chevau-légers, en supervise la construction vers 1630, tandis que des croix de Malte ornent les murs, témoignant de l’influence de son frère Guillaume, chevalier de cet ordre.
Au XVIIIe siècle, le château passe entre les mains de plusieurs propriétaires, dont René Poultier, notaire parisien et franc-maçon, qui agrandit considérablement le domaine. Sous la Révolution, Poultier, devenu « agriculteur », soutient activement les idéaux républicains et organise des fêtes patriotiques dans le château. En 1798, le domaine est vendu à Amboise-Théodore Béjot, beau-frère de son fils décédé, marquant la fin de l’ère Poultier.
Au XIXe siècle, le général Joseph-Christophe Coüin de Granchamp, héros des campagnes napoléoniennes, acquiert le château en 1804. Il y ajoute des pavillons d’entrée, un canal pour assécher les marécages, et expose les outils de ses parents tisserands. Son fils, Édouard, agrandit encore le domaine en achetant la ferme de Champillon en 1841. À partir de 1879, Alfred Firmin-Didot, imprimeur passionné de vénerie, transforme radicalement le château dans un style néo-gothique sous la direction de l’architecte Marchant, élève de Viollet-le-Duc. Une bibliothèque monacale est aménagée dans une ancienne bergerie, et les façades sont rehaussées de motifs médiévaux.
Le château, laissé à l’abandon après 1966, est sauvé en 2008 par Charles Firmin-Didot, qui entreprend sa restauration. Les dépendances (pigeonnier, écuries, bibliothèque) et les jardins, classés monuments historiques en 2002, sont préservés. Aujourd’hui, le domaine accueille des expositions et événements culturels, tout en conservant son caractère sauvage et son patrimoine architectural mêlant Renaissance, Classicisme et néo-gothique.
Le domaine s’étendait initialement sur 238 hectares sous Coüin, incluant des vignobles, des bois et des terres labourables. Les plans anciens révèlent une cour d’honneur encadrée de communs, un colombier, et un potager. Les Firmin-Didot y ajoutèrent une serre-promenoir et une grille en fer forgé, tandis que l’église paroissiale voisine bénéficia de leurs dons. L’architecture reflète ces strates historiques : tours Renaissance, pavillons néo-gothiques, et décors intérieurs remaniés, comme la chapelle installée au XIXe siècle.