Origine et histoire du Château d'Esnes
Le château d’Esnes, situé dans le département du Nord (Hauts-de-France), trouve ses origines en 1007, lorsque Alard d’Esnes, premier des 12 pairs du Cambrésis, en ordonne la construction. Ce château fort, initialement conçu comme une forteresse frontalière entre la France et le Saint-Empire romain germanique jusqu’en 1678, passe entre les mains de plusieurs familles nobles. La lignée des Landas d’Esnes, issue du mariage d’Alix de Beauvoir avec Gérard de Landas, en hérite au XIIe siècle. Alard de Croisille, en épousant l’héritière Alix vers 1260, adopte le nom d’Esnes et modifie le blason familial, marquant ainsi une transition dynastique majeure.
Au fil des siècles, les seigneurs d’Esnes jouent un rôle militaire et politique clé, servant tantôt le comte de Hainaut, tantôt le roi de France. Jean Ier meurt à la bataille de Poitiers en 1358, tandis que Robert d’Esnes, gouverneur du château de Coucy en 1411, résiste trois mois à un siège avant de capituler faute de vivres. En 1603, le château est cédé à Jean de Beauffremez, puis passe par alliance aux marquis d’Assignies et aux d’Estutt d’Assay, qui en restent propriétaires depuis un millénaire. Pendant la Révolution, le château devient une exploitation agricole, puis une prison allemande pour soldats russes durant la Première Guerre mondiale.
L’architecture du château reflète ses transformations successives. Du XIe siècle subsistent deux tours rondes encadrant le porche, une grosse tour médiévale (XIIIe–XIVe siècles) et des douves partiellement comblées. La façade ouest, ornée de pointes de diamant typiques du XVIIe siècle, et la grange dîmière bien conservée témoignent des aménagements ultérieurs. À l’intérieur, la grosse tour conserve des cheminées voûtées, des graffitis anciens (dès le XIVe siècle), et un écusson aux armes du Prince de Salm, occupant espagnol du XVIIe siècle. Deux cadrans solaires en pierre, datés du XVIIe siècle, ornent la tourelle d’horloge.
Classé monument historique en octobre 1971, le château d’Esnes allie éléments défensifs médiévaux (meurtrières, murs de 2 mètres d’épaisseur) et ajouts classiques (fronton du XVIIIe siècle). Bien que transformé en château-ferme depuis le XIXe siècle, il reste un témoignage exceptionnel de l’histoire féodale et des mutations architecturales du Nord de la France. Aujourd’hui, certaines parties, comme l’aile ouest et le pigeonnier, sont ouvertes à la visite, révélant un patrimoine à la fois militaire, seigneurial et agricole.