Origine et histoire du Château d'Esquelbecq
Le château d’Esquelbecq, situé dans le département du Nord (Hauts-de-France), est l’un des derniers châteaux flamands conservés dans la région. Construit selon un plan quadrilatère avec huit tours et des pignons à pas de moineaux, il est entouré de larges douves. Le domaine s’étend sur sept hectares, incluant un jardin à la flamande (XVIIe siècle) et un parc paysager. Son architecture imposante (800 m2 habitables) domine la grand-place du village, face à une église d’origine médiévale (Xe siècle).
Les premières traces de la seigneurie remontent au XIIIe siècle, mais la reconstruction majeure du château intervient après la guerre d’indépendance des Pays-Bas (fin XVIe siècle). Les dates gravées sur le bâti (1590 sur la commanderie, 1606 sur le colombier) attestent de cette période. Le domaine passe entre les mains de familles nobles : les d’Hallewyn, puis Valentin de Pardieu (gouverneur de Gravelines, mort en 1595), qui lègue le château à son neveu Philippe Levasseur de Guernonval en 1592. La famille de Guernonval en reste propriétaire jusqu’au début du XIXe siècle, malgré des dégâts causés par la Révolution.
Au XIXe siècle, le château, en état de dégradation avancée, est racheté en 1821 par Louis Colombier-Batteur, industriel textile. Il restaure le domaine, relève la tour de guet et crée le parc paysager, doublant sa superficie. Le château passe ensuite à la famille Bergerot (1851–1941), primée pour l’entretien du jardin à compartiments. Occupé par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale, il est inscrit à l’Inventory des Monuments Historiques en 1944. Un effondrement partiel en 1984 (donjon et aile nord) le rend inhabitable, malgré son classement définitif en 1987.
Depuis les années 2000, la famille Tamer-Morael (propriétaire depuis 1946) entreprend des restaurations majeures : reconstruction de l’aile nord (années 2000), réfection des toitures (2015). En 2016, les jardins s’ouvrent au public, suivis en 2018 par une partie de l’aile nord, incluant les salons de marbre et des Quatre Saisons, accompagnés d’une exposition historique. Le château est également représenté sur un timbre français émis en 1978.
Architecturalement, le château illustre l’évolution des styles flamands, avec des éléments défensifs (douves, tours) et des aménagements paysagers des XVIIe–XVIIIe siècles. Son histoire reflète les bouleversements politiques de la région, des conflits hispano-néerlandais aux occupations militaires du XXe siècle. Aujourd’hui, il reste un témoignage rare du patrimoine castral flamand en France, en cours de valorisation touristique.