Origine et histoire du Château d'Étrabonne
Le château d'Étrabonne, situé dans le département du Doubs, trouve ses origines au XIe ou XIIe siècle, lorsque Narduin d’Estrabonne, fils d’Amaury Ier de Joux, érige une première structure en bois vers 1084. Reconstruit en pierre au début du XIIIe siècle par Eudes d'Estrabonne, il intègre alors une chapelle dédiée aux trois rois mages (1140), une grande salle, et des murailles renforcées. Le fief relève historiquement de la seigneurie d’Autrey et reste aux mains de la famille d’Estrabonne jusqu’en 1471, date à laquelle Jean VI, dernier héritier, meurt sans descendance. Ses biens, dont le château, sont partagés entre ses demi-sœurs, dont Catherine d'Estrabonne, mariée à Jacques Ier d’Aumont depuis 1456.
Au fil des siècles, le château subit de nombreuses transformations et destructions. En 1355, les seigneurs d'Estrabonne affranchissent les habitants de la mainmorte, et en 1363, le château est incendié. Transformé après les ravages des Grandes Compagnies par Guillaume III d’Estrabonne, chambellan du duc Philippe le Bon (qui crée le bailliage d’Étrabonne en 1436), il est démantelé en 1477 sur ordre de Louis XI. Converti en ferme dès 1570, il est pillé pendant la Guerre de Dix Ans, et sa première enceinte sert de carrière pour reconstruire le village. Incendié en 1673, il change plusieurs fois de mains : vendu en 1723 à Jean Pourcheresse, maître de forges, puis en 1782 au prince de Saint-Mauris-Montbarey. Pendant la Révolution, la tour de la poterne est détruite (1794), mais le château, vendu comme bien national, échappe à une destruction totale.
Le château conserve aujourd’hui des éléments féodaux marquants, comme une grande salle, une chapelle, et les restes de trois tours, dont un donjon circulaire. Son corps de logis en forme de « U », datant du XVe siècle, témoigne de son passé médiéval. Classé monument historique en 1968 et site inscrit depuis 1942, il abrite également une maison du bailli restaurée à l’identique, située à 150 mètres au sud. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands y installent une kommandantur. En 1956, Paul Baillart, ophtalmologiste, en devient propriétaire après avoir sauvé la vue du sculpteur Albert Pasche, qui lui offre le château en reconnaissance.
Un autre château portant le même nom existe à Champagne-sur-Vingeanne (Côte-d’Or), datant du XVe siècle. Ce manoir, propriété d’une branche cadette des seigneurs d’Étrabonne, constituait une enclave franc-comtoise en royaume de France, dépendant de la seigneurie d’Autrey (Haute-Saône).