Origine et histoire du Château d'Excideuil
Le château d'Excideuil, implanté sur un rocher escarpé au sud de la commune d’Excideuil (Dordogne), trouve ses origines au XIe siècle sous l’impulsion des vicomtes de Limoges. Ces derniers y édifient des murailles et un donjon pour contrôler la route reliant Limoges à Périgueux via Saint-Yrieix. Le site est mentionné pour la première fois vers 1100 dans un acte de donation du vicomte Adémar à l’abbaye d’Uzerche. Son rôle stratégique est confirmé par les conflits entre l’évêque de Périgueux et le comte de Périgord, suggérant une fortification précoce pour défendre le château voisin d’Auberoche.
Au XIIe siècle, le château est au cœur de luttes familiales et politiques. En 1176, Bernard de Comborn, oncle d’Adémar V, restitue le château à son neveu après l’avoir spolié, en échange du château de Salon. Entre 1182 et 1184, Excideuil résiste aux assauts de Richard Cœur de Lion, puis tombe temporairement sous contrôle anglais en 1199 après la trahison d’Adémar V. Récupéré vers 1210-1211 par Gui V, il accueille en 1303 Philippe le Bel et en 1304 le futur pape Clément V. Pendant la guerre de Cent Ans, il alterne entre occupations anglaise (1351, 1360) et française, avant d’être repris par Du Guesclin en 1370.
Les XVe et XVIe siècles marquent une transition vers une vocation résidentielle. En 1574, le château, alors propriété de Jeanne d’Albret (côté catholique), passe aux protestants avant d’être repris l’année suivante. En 1582, Henri III de Navarre (futur Henri IV) le vend à François de Pérusse des Cars. Par mariage, il échoit aux Talleyrand-Périgord, qui obtiennent son érigeage en marquisat en 1613. Délaissé au XVIIIe siècle, ses biens sont transférés au château de Chalais, entraînant sa dégradation. Un incendie ravage le châtelet en 1973, avant une restauration partielle à la fin du XXe siècle par la famille Naudet.
L’architecture du château reflète ses évolutions : deux donjons carrés des XIIe-XIIIe siècles reliés par un mur, un logis Renaissance (1582-1587) avec une tour d’escalier cylindrique, et un châtelet d’entrée des XIVe-XVe siècles remodelé vers 1580. La basse-cour abritait les logis des chevaliers, tandis que la haute-cour, réservée aux vicomtes, surplombait la vallée de la Loue. Classé monument historique en 2014, il se partage aujourd’hui entre propriété privée (logis et donjon) et communale (visite libre).
Son histoire militaire et seigneuriale illustre les enjeux du Périgord médiéval, entre conflits anglo-français, guerres de Religion et transformations architecturales. La présence de figures comme Richard Cœur de Lion, Du Guesclin ou Henri IV souligne son importance stratégique, tandis que son abandon progressif au XVIIIe siècle témoigne des mutations des élites locales vers des résidences plus modernes.