Origine et histoire du Château d'Heilly
Le château d'Heilly, situé à cheval sur les communes d’Heilly et de Ribemont-sur-Ancre (Somme), était un édifice hybride alliant des éléments féodaux et une reconstruction néo-classique du XVIIIe siècle. Selon la légende, il aurait abrité Ganelon, personnage de la Chanson de Roland, jugé et exécuté en 778 après la bataille de Roncevaux. Le château fut un lieu de pouvoir pour les seigneurs d’Heilly, impliqués dans des événements majeurs comme les batailles de Bouvines (1214) et d’Azincourt (1415), ou la vie à la cour de François Ier.
Au XVIIIe siècle, le marquis Louis-Charles de Gouffier confia sa reconstruction à l’architecte Pierre Contant d’Ivry, qui érigea un corps de logis néo-classique tout en conservant des éléments médiévaux (tours, fossés). Le parc, orné de grilles en fer forgé par Jean Veyren, devint un modèle d’aménagement paysager. L’intérieur, réaménagé dans un style rocaille, comprenait des salons somptueux, une chapelle bénie en 1756, et des appartements seigneuriaux. Le château servit de résidence à Anne de Pisseleu, favorite de François Ier, qui y vécut son exil après 1547 et y mourut en 1580.
Incendié en 1553 et 1636 par les armées espagnoles, le château fut réparé avant d’être partiellement démoli après sa vente en 1848. Ses éléments décoratifs (grilles, boiseries, sculptures) furent dispersés : certaines grilles ornent aujourd’hui les châteaux de Bertangles et de Digoine, tandis que des statues de Nicolas Sébastien Adam sont conservées au Musée de Picardie à Amiens. Le domaine, aujourd’hui divisé entre propriétaires privés et commune, conserve des vestiges protégés depuis 2001 : terrasses, orangerie, canal, et un pavillon menacé de ruine.
La légende de Ganelon, les liens avec la cour de France, et la destruction partielle au XIXe siècle font du château d’Heilly un symbole à la fois mythique et tragique du patrimoine picard. Depuis 2021, une reconstitution en réalité virtuelle permet de redécouvrir son faste passé, tandis que les vestiges matériels (talus, murs, basse-cour) témoignent encore de son importance historique.
Les familles nobles successives (Créqui, Bailleul, Gouffier, Chabrillan) marquèrent son histoire, tout comme les artisans d’exception comme Contant d’Ivry ou Jean Veyren. La qualité artistique des décors, vendus en 1846, illustre le rayonnement culturel du château avant sa chute. Aujourd’hui, le site, bien que fragmentaire, reste un lieu de mémoire classé, où se superposent huit siècles d’histoire, de la féodalité à l’époque moderne.