Origine et histoire
Le château d'Hierges, aussi appelé « château de Jérusalem », est un château fort édifié sur un éperon rocheux dominant la vallée de la Joncquière, près de la frontière franco-belge, dans le département des Ardennes. Ses origines remontent à un castrum du IXe siècle, intégré plus tard aux biens de la maison d'Ardenne au Xe siècle. À l’époque des croisades, la forteresse était rattachée à la principauté de Liège. Le site stratégique permettait de contrôler la voie commerciale reliant Saint-Quentin à Cologne, ainsi que la vallée de la Meuse. Le château actuel, partiellement en ruines, conserve des éléments défensifs des XIIIe–XVIe siècles, comme des tours rondes en brique rouge et pierre bleue, adaptées aux armes à feu.
Détruit presque entièrement au XVIe siècle, le château est reconstruit à partir de 1560 dans un style Renaissance, intégrant des ouvertures pour l’artillerie et des aménagements de confort. Au XVIIIe siècle, y sont ajoutés un commun et un colombier. Pendant la Révolution française, le château est assailli en 1792 par les révolutionnaires, puis ravagé par un incendie en 1793. Aujourd’hui, il subsiste des murs d’enceinte, trois tours de flanquement partiellement ruinées, et une quatrième tour semi-circulaire habitée par le propriétaire actuel. Les jardins ont été restaurés pour retrouver leur apparence de la Renaissance.
La légende locale attribue la construction du château en une seule nuit à la fée Mélusine, avec ses 365 fenêtres. Une autre légende raconte que trois rochers près de la Meuse, appelés les Dames de Meuse, seraient les épouses infidèles de chevaliers de Hierges, pétrifiées par la colère divine lors de la première croisade. Ces récits s’entremêlent à l’histoire réelle du château, marqué par les conflits médiévaux et les transformations architecturales.
Mélusine de Hierges, aussi nommée Sybille de Lusignan, est une figure centrale des légendes locales. Descendante directe de la fée Mélusine, elle était châtelaine de Hierges et de Samson, et aurait participé aux combats pour défendre ce dernier. Fille de Manassès de Hierges, un croisé, elle épousa Guy de Lusignan et serait morte de la peste en 1190 devant Saint-Jean-d’Acre ou en 1187 à Samson. Son père, Manassès, s’illustra lors des croisades, renforçant le lien entre la seigneurie de Hierges et les expéditions en Terre sainte.
Classé monument historique en 1980, le château d’Hierges reste une propriété privée. Ses vestiges, mêlant architecture médiévale et Renaissance, témoignent de son rôle stratégique dans l’histoire régionale, entre contrôle commercial, conflits féodaux et légendes fantastiques. Les bouches à feu des tours, disposées pour des tirs croisés, rappellent son adaptation aux guerres de l’époque moderne, tandis que les fenêtres à traverse ou à croisée évoquent son évolution vers le confort résidentiel.