Origine et histoire du Château d'Ilbarritz
Le château d'Ilbarritz se dresse au nord de Bidart, au sommet de la colline de Handia, avenue de la Reine-Nathalie, et domine l'océan. Construit entre 1894 et 1907, avec un agrandissement en 1960, par l'architecte biarrot Gustave Huguenin pour le baron Albert de l'Espée, héritier des aciéries De Wendel, il constituait la pièce maîtresse d'un vaste ensemble de constructions s'étageant de la colline jusqu'à la plage, reliées entre elles par quatre kilomètres de galeries couvertes. Le commanditaire, décrit comme personnage atypique et misanthrope, exigeait des bâtiments fonctionnels et dépourvus de fioritures; il acquit les terrains parcelle par parcelle pour 350 000 francs-or. Le château fut conçu pour abriter un grand orgue de facture Cavaillé-Coll ; la construction coûta cinq millions de francs et intégrait, pour son époque, des installations modernes comme l'eau filtrée, l'électricité à tous les étages, le téléphone et un réseau de climatisation. Le grand orgue initial fut démonté en 1903 et est aujourd'hui visible à la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre ; en 1906 il fut remplacé par un instrument plus perfectionné du facteur Mutin, actuellement dans l'église d'Usurbil. Le domaine comprenait de nombreuses fabriques — pavillon chinois, petit château fort, chenils, étable, cuisines — dont seule une dépendance des cuisines subsiste et abrite aujourd'hui la boîte de nuit le Blue Cargo. Le baron souhaitait également profiter du climat à la manière d'un sanatorium, ayant souffert d'une bronchite dans sa jeunesse.
Vendu au directeur de théâtre P.-B. Gheusi en 1911 après quelques années d'occupation, le château fut transformé en hôpital durant la Première Guerre mondiale; le domaine fut morcelé en 1923 et les fabriques détruites ou démontées. Un casino, La Roseraie, fut édifié sur le flanc nord mais connut un effondrement de mur lors de son inauguration, un événement lié dans les récits à l'affaire Stavisky. Un projet de cité luxueuse annoncé en 1928 n'aboutit pas en raison de la crise de 1929, et le château fut laissé à l'abandon. En 1932, il fut acquis par deux armateurs basques, Arnaud et Pierre Légasse, pour 102 000 francs, puis utilisé comme maison de convalescence pour les réfugiés de la guerre d'Espagne, occupé par une garnison allemande à partir de 1940 et finalement annexé à une ferme, ce qui provoqua de nouvelles dégradations jusqu'à une restauration partielle engagée en 1958.
En 1959 René et Jeanne Massiaux achetèrent le château pour 12,5 millions de francs; en 1963, faute de moyens, ils le transforment en hôtel classé Relais & Châteaux, ajoutant une extension à l'aile sud avec une rotonde panoramique, ainsi que des boiseries et des vitraux provenant de leur ancien manoir de Sarcelles. Catholiques traditionalistes, ils aménagèrent une chapelle dans laquelle Monseigneur Lefebvre célébra une messe le 6 août 1980. Le château dut ensuite être mis en adjudication; il fut revendu en 1986 à Adrien Barthélémy pour trois millions de francs, l'exploitation hôtelière se poursuivant pendant quelques années. Le bâtiment fut classé en 1990 pour sa toiture, ses façades, sa salle d'orgue, son grand escalier et sa décoration intérieure, classement qui empêcha le projet initial d'aménagement d'un centre post-cure et limita tout agrandissement envisagé. Fermé pendant plusieurs années, il souffrit d'un manque d'entretien.
En juillet 2014 Christine Barthélémy, fille d'Adrien, et Michel Guérard cédèrent le château à l'homme d'affaires Bruno Ledoux, qui envisagea, en collaboration avec le designer Ora-Ïto, d'en faire un lieu ouvert au public et un hôtel comportant des suites avec spa réparties dans deux nouvelles ailes, dont l'une creusée dans la falaise, et décorées d'œuvres contemporaines ; des doutes subsistent toutefois sur la faisabilité de ce projet. Le château, construit selon le souhait du baron pour que « l'armature de l'ensemble soit indestructible et forme un carcan protecteur à l'orgue Cavaillé-Coll », a été élevé avec des matériaux nobles, marbres et bois précieux, et sa toiture est rendue solidaire de l'édifice par un système de piliers en fonte scellés aux façades par des traverses.