Origine et histoire du Château d'Oricourt
Le château d’Oricourt, en Bourgogne-Franche-Comté, est un château fort à double enceinte édifié vers le milieu du XIIe siècle (bien que les sources citent principalement les XIIIe, XVe, XVIe et XVIIIe siècles comme périodes clés). Gaucher, connétable du comte de Bourgogne Otton de Méranie, en fut le premier seigneur connu dans les années 1170. Il est à l’origine de l’essentiel de l’ensemble castral, combinant défenses naturelles (plateau calcaire) et artificielles (fossés, remparts, tours).
Au XVe siècle, le chancelier Nicolas Rolin, célèbre pour les hospices de Beaune et immortalisé par Jan Van Eyck, acquiert le château. Il passe ensuite aux mains de la puissante famille lorraine des Blâmont, vassaux turbulents du duc de Bourgogne. Un conflit fratricide entre Jean (seigneur d’Oricourt) et Henri de Blâmont dégénère en guerre ouverte, impliquant le duc Jean sans Peur. En 1410, après un siège et des destructions (comme celle du château de Vellexon), le duc s’empare d’Oricourt avant de le restituer aux Blâmont via un accord. L’artillerie moderne rend alors obsolètes ses fortifications médiévales.
Aux XVIIe–XVIIIe siècles, le château appartient à la famille de Cordemoy, récemment anoblie. Claude François de Cordemoy (1628–1706), soldat et lieutenant des maréchaux de France, y règne en maître pendant 50 ans. Son autorité est défiée par sa fille Gabrielle, qui fuit pour épouser un officier contre sa volonté, entraînant son déshéritage. Un procès en 1708 révèle la vie quotidienne à Oricourt, marquée par des tensions religieuses (mission contre le protestantisme) et des crises frumentaires (1690–1709). Le château, transformé en ferme, passe aux Chapuis de Rozières en 1761, puis aux de Grivel au XIXe siècle.
La Révolution épargne partiellement la fortune des Chapuis, émigrés, mais le château décline : transformé en exploitation agricole, il perd ses fortifications. Classé monument historique en 1984 et site protégé depuis 1913, il conserve cependant des éléments remarquables : double enceinte, haute cour avec logis seigneurial, chapelle, pigeonnier, et fossés profonds taillés dans la roche. Son architecture reflète ses adaptations successives, des origines médiévales à l’époque moderne.
Le château est aujourd’hui un témoignage des mutations sociales et militaires de la Franche-Comté, des seigneurs féodaux (Blâmont) aux familles nobles locales (Cordemoy, Chapuis). Son histoire mêle conflits dynastiques, stratégies matrimoniales et adaptations économiques, illustrant le passage d’une forteresse médiévale à une résidence seigneuriale, puis à une ferme.