Origine et histoire du Château d'Osthoffen
Le château d'Osthoffen trouve ses origines dans la conquête romaine vers 50 av. J.-C., où il servait de tour de guet pour le camp militaire du Scharrach, situé à 5 km à l’ouest. Son nom, d’origine germanique (Ost pour « est » et Hoffen pour « cour »), reflète sa position à l’est du camp. À l’époque romaine, le site était intégré à un système défensif standardisé, avec des douves sèches et une tour de signalisation caractéristique, visible sur la Colonne Trajane.
Au XIIe siècle, une forteresse médiévale fut construite sur les fondations romaines, conservant le tracé des douves. Le château, alors château de plaine sans fossés inondés (Wasserschloss), fut une place forte jusqu’au XVe siècle. En 1400, il fut détruit lors d’une bataille de dix jours menées par l’évêque de Strasbourg, restant en ruines pendant un siècle. Sa reconstruction à la fin du XVe siècle par l’architecte Jost Von Seebach marqua un changement de vocation : il devint un centre agricole et religieux lié à l’abbaye de Marmoutier, tout en conservant des éléments défensifs comme les murailles et le donjon.
Au XVIIIe siècle, sous la famille von Zuckmantel, le château perdit ses fonctions militaires pour adopter un style résidentiel. Les courtines intérieures furent abattues, les façades percées de fenêtres à la française, et les intérieurs modernisés. La Révolution française entraîna la destruction partielle des tours et du donjon médiéval, sur ordre des autorités pour les châteaux frontaliers. Au XIXe siècle, la famille Grouvel, propriétaire à partir de 1817, entreprit une restauration majeure : reconstruction fantaisiste du donjon, ajout d’un pont en pierre, et transformation de la tour nord en escalier. Le général Jules Grouvel, polytechnicien, y imprima son style personnel.
Le château joua un rôle mineur pendant les guerres du XXe siècle. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il fut pillé par les Allemands, et ses archives familiales détruites. Les propriétaires, la famille Grouvel, le restaurèrent après 1945, malgré les dégradations subies lors de la Libération. Aujourd’hui, le site conserve trois enceintes successives (romaine, médiévale, moderne), des fossés secs consolidés par des contreforts, et un logis en équerre avec une tour ronde du XIIe siècle. La statue de saint Quirin, soldat romain du XVe siècle, orne toujours le pignon est, témoignant de son lien avec l’abbaye de Marmoutier.
Architecturalement, le château allie des éléments romains (douves sèches), médiévaux (donjon, tours de défense) et classiques (fenêtres XVIIIe, frontons Renaissance). Les dépendances incluent une fontaine monumentale en coquille, un parc avec étang, et un cimetière familial. Classé Monument Historique en 1963, il illustre l’évolution d’une forteresse en résidence seigneuriale, marquée par les conflits alsaciens et les transformations stylistiques.