Origine et histoire du Château d'Ultrère
Le château d'Ultrère, aussi appelé Ultrera ou Oltrera en catalan, est un château fort en ruines situé à 571 mètres d'altitude sur un éperon rocheux du massif des Albères, dans les Pyrénées-Orientales. Bien qu'administrativement rattaché à Argelès-sur-Mer, il est historiquement lié à la commune voisine de Sorède. Son nom, dérivé du latin Castrum Vulturarium (« château du Vautour »), évoque son accès difficile et son rôle de repaire stratégique. La chapelle intégrée au château, dédiée à la Vierge sous le nom de Mare de Déu Vella, fut un ancien sanctuaire marial avant d'être remplacée par l'ermitage Notre-Dame du Château en contrebas.
Les origines du château remontent probablement à une fortification romaine, bien qu'aucun texte de cette époque ne le mentionne explicitement. L'érudit Alart, au XIXe siècle, émit l'hypothèse d'une construction liée aux guerres entre Sertorius, Pompée et Jules César (82–47 av. J.-C.), mais la majorité des vestiges actuels datent de la période wisigothique (VIe–VIIe siècles). Le site est cité pour la première fois en 673, lorsque le roi wisigoth Wamba y assiège le duc Paul, un lieutenant rebelle autoproclamé roi de Septimanie. Cette mention atteste de son importance militaire dès le Haut Moyen Âge.
Au Moyen Âge, le château fut attaché à la seigneurie de Sorède, dont les seigneurs portaient le titre de « Seigneurs de Sorède et Ultrera ». Ils y résidèrent jusqu'à la construction d'une demeure seigneuriale dans le village. Vers l'an 1000, une chapelle romane dédiée à Sainte-Marie (13,75 m de long) y fut édifiée, devenant un lieu de pèlerinage puis un ermitage. Entre les XVe et XVIe siècles, le site semble abandonné par sa garnison, ne laissant qu'un ermite comme occupant. Un acte de 1100 mentionne Bernard, chapelain majeur de l'église d'Ultrera, et en 1296, celle-ci fut rattachée à l'archidiaconé du Vallespir.
Le château joua un rôle militaire intermittent lors des conflits franco-espagnols. En 1344, il fut pris par les Aragonais lors de la perte des places fortes de Jacques de Majorque en Roussillon. Les guerres entre François Ier et Charles Quint au XVIe siècle perturbèrent la région, mais la paix de Vervins (1598) marqua le déclin des forteresses secondaires. Au XVIIe siècle, après le traité des Pyrénées (1659) cédant le Roussillon à la France, Jeanne de Vilaplana, épouse de Gaston de Foix-Béarn et dite « la Dame de Béarn », ordonna la destruction du château en 1675 pour éviter toute résistance pro-espagnole. La chapelle fut également démolie sur ses ordres, et ses éléments (portail en marbre, cloches, Vierge) furent réutilisés pour construire l'ermitage Notre-Dame du Château.
Aujourd'hui, les ruines du château d'Ultrère sont un site prisé pour l'escalade (une centaine de voies équipées) et les activités de plein air (randonnée, parapente, VTT). Bien qu'une partie du site soit interdite d'accès par un arrêté municipal de 2017, il reste un lieu emblématique du patrimoine historique et naturel des Albères. Son histoire reflète les enjeux stratégiques et religieux qui ont marqué le Roussillon, de l'Antiquité tardive aux conflits modernes entre la France et l'Espagne.