Origine et histoire
Le château d'Yèvre-le-Châtel, situé dans le Loiret en région Centre-Val de Loire, est un ancien château fort dont les origines remontent au moins au Xe siècle. À cette époque, le site appartenait à l’abbaye de Fleury, mais le baron Arnoul de Yèvre y commettait des exactions, poussant son épouse Lucinde à fonder une abbaye dans l’enceinte pour apaiser les tensions. Après la mort d’Arnoul, le roi Hugues Capet intervint à plusieurs reprises pour soumettre ses successeurs et démanteler leur fortin de bois, alors construit sur une motte.
Vers 1112, le château fut rattaché à la couronne de France lorsque Louis VI le Gros contraignit le vicomte Foulques à le lui céder, en faisant une puissante châtellenie stratégique. Au début du XIIIe siècle, sous Philippe Auguste, le château fut reconstruit selon les techniques militaires rapportées des croisades, comme les arcs de décharge anti-sape. Cette position clé entre l’Île-de-France et le duché d’Orléans joua un rôle dans l’unification du royaume.
Pendant la guerre de Cent Ans, Yèvre-le-Châtel resta, avec Montargis, la seule place forte au nord de la Loire à résister aux Anglais et aux Bourguignons. Son capitaine, Nicolas de Giresme, participa activement à la libération d’Orléans aux côtés de Jeanne d’Arc. Cependant, dès la fin du XVe siècle, l’extension du domaine royal et l’évolution de l’artillerie rendirent ses défenses obsolètes. Un inventaire de 1610 attestait déjà de son état de ruine.
Le château, entouré de douves sèches, adopte une forme losangée flanquée de quatre tours semi-circulaires. Restauré à plusieurs reprises, notamment entre 1982 et 1984 par des bénévoles, puis de 1999 à 2002, il abrite aujourd’hui des jardins médiévaux de plantes aromatiques et médicinales. Depuis 1994, l’association Les Compagnons de la Châtellenie assure sa mise en valeur, perpétuant son héritage historique et architectural.
L’accès à la cour-haute se faisait autrefois par un pont mobile, remplacé aujourd’hui par un escalier en bois. La basse-cour, protégée par un châtelet d’entrée à herse, conserve une poterne dans son rempart oriental. Le site offre un panorama exceptionnel sur la Beauce, le Gâtinais et la forêt d’Orléans, rappelant son rôle passé de surveillance et de contrôle territorial.