Origine et histoire du Château de Beaucens
Le château de Beaucens, construit au XIVe siècle, fut la résidence principale des vicomtes de Castet-Loubon, aussi appelés vicomtes de Lavedan. Ce château fort, symbole de leur pouvoir en Bigorre, dominait une vaste seigneurie incluant dix-sept bourgs de la vallée de Barèges. Il resta habité jusqu’en 1643, date à laquelle il appartenait à la famille de Montaut-Bénac. Son importance stratégique et son rôle de maison vicomtale en firent un lieu central dans la région jusqu’à son déclin progressif.
En 1660, le château accueillit Madame de Motteville lors de son voyage vers Saint-Jean-de-Luz pour assister au mariage de Louis XIV et Marie-Thérèse d’Autriche. Ce séjour illustre son prestige résiduel, malgré son abandon partiel. Au XIXe siècle, le site fut marqué par des événements naturels, comme le tremblement de terre de 1854, qui endommagea gravement une tour et une partie des murs. Le donjon, mieux construit, résista mieux à ces secousses, selon les observations de Justin-Édouard Cénac-Moncaut.
Le château changea de mains au milieu du XIXe siècle : en 1856, il appartenait à Achille Fould, banquier et ministre des Finances sous Napoléon III. Ce personnage influent de la Deuxième République et du Second Empire marqua une nouvelle étape dans l’histoire du domaine. À cette époque, le site était déjà en partie ruiné, mais son attrait historique et sa position géographique en firent un lieu notable, associé à des légendes locales comme celle de l’aigle et de la truite, liée à un siège levé grâce à une ruse alimentaire.
Au XXe siècle, le château fut classé monument historique en 1927, reconnaissant sa valeur patrimoniale malgré son état de dégradation. Depuis 1973, il abrite le « donjon des Aigles », un parc zoologique dédié aux rapaces, où des spectacles mettaient en scène des aigles, vautours et autres oiseaux de proie évoluant autour des ruines. Ce projet a permis de redonner une vocation touristique et pédagogique au site, tout en préservant les vestiges médiévaux.
La géologie locale ajoute une dimension particulière au château : une source sulfureuse froide, utilisée par les habitants, et des mines de plomb et de cuivre à proximité, exploitées dans le rocher supportant les ruines. Ces ressources naturelles, combinées à la légende de l’aigle apportant une truite pour tromper les assiégeants, renforcent le caractère mythique et historique du lieu, ancré dans le paysage pyrénéen.