Origine et histoire du Château de Beaulon
Le château de Beaulon est un édifice de style Louis XII et Renaissance situé à Saint-Dizant-du-Gua, en Charente-Maritime. Entouré de vignobles producteur de pineau et de cognac, il est renommé pour les Fontaines bleues qui ponctuent son parc, labellisé « Jardin remarquable ». Le château est inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques le 16 décembre 1987 ; son parc figure au pré-inventaire des monuments historiques depuis 1990.
Souvent daté de la fin du XVe siècle, l'édifice est toutefois lié à un acte de 1503 qui institue la seigneurie de Beaulon et concède aux bénéficiaires le droit d'y élever « une maison noble, forte et défendable » avec barbacane, créneaux, archères, fossés et mâchicoulis, ainsi que les droits de garenne, de fuie et d'étang, mais sans pont-levis. Après le décès de François de Beaulon, la terre fut saisie en 1591 à la requête des jésuites de Bordeaux pour non-paiement de rente, malgré l'intervention d'Henri IV. Au début du XVIIe siècle, Beaulon passa aux mains de la famille de Nesmond ; François-Théodore de Nesmond (1598-1664), qui occupa de hautes fonctions au parlement et auprès du prince de Condé, en fut l'un des représentants. La seigneurie, pourvue du droit de haute justice depuis 1635, fut vendue en 1712 par Monseigneur François de Nesmond à Louis‑Amable de Bigot. Il est généralement admis que, sous les Nesmond au XVIIe siècle, le château servit de résidence d'été aux évêques de Bordeaux. Par la suite, la propriété passa dans plusieurs familles ; Charlotte-Adélaïde de Bigot épousa Josias de Brémond d'Ars en 1807, puis le domaine fut acquis en 1833 par Charles‑Henri Manès, dont la fille hérita du château en épousant Pharamond‑Amédée de la Porte. En 1965, Christian Thomas acheta le domaine et y mena d'importants travaux de rénovation des bâtiments et d'aménagement des vignobles ; depuis cette période le château accueille des visiteurs.
Architecturalement, le corps de logis présente une haute toiture d'ardoises à deux versants, appuyée sur deux pignons munis de rampants à crochets, et conserve une lucarne flamboyante monumentale. Vers 1530, l'édifice fut embelli, notamment par un escalier « à l'italienne » à mur noyau orné de colonnes cannelées et de bustes d'inspiration antique ; aux XVIIe et XVIIIe siècles lui furent ajoutées de grandes cheminées en pierre. La façade nord révèle l'état primitif de la construction, à l'exception d'une lucarne ouest et d'ajouts postérieurs qui flanquent l'édifice. Deux lucarnes de styles très différents coexistent : la lucarne principale, dans l'esprit Louis XII, traduit la transition entre le gothique flamboyant et la Renaissance française par des éléments comme l'arc en plein cintre remplaçant l'ogive, des festons et des choux frisés, un décor floral sculpté en damier et une corniche à rais-de-cœur, ainsi que de petits pinacles à colonnes torses. La seconde lucarne, de rigueur renaissante, se distingue par un fronton triangulaire et une application plus savante des ordres antiques, marquant l'évolution vers le classicisme dès 1526 ; cette juxtaposition de styles n'altère pas l'harmonie générale et témoigne de cinq siècles d'histoire architecturale. L'escalier monumental, aménagé en rampe sur rampe au XVIe siècle, remplace une tour polygonale et demeure un élément structurant de l'édifice, même après rénovations. Le pigeonnier, tour cylindrique datée de 1740, porte un toit conique de tuiles plates et des lucarnes à frontons de pierre ; il renferme 1 500 boulins en pierre et en poterie (La Chapelle‑des‑Pots, XVIIIe siècle) et conserve une échelle tournante.
Le domaine comprend un jardin à la française et un parc à l'anglaise de 13 hectares, tous deux labellisés « Jardin remarquable ». À l'entrée du parc, le visiteur traverse des conifères taillés puis des plantations exotiques, notamment des bananiers qui profitent de la douceur du climat ; le parc accueille aussi une vaste pelouse, un bosquet de bananiers, une charmille, un platane, des catalpas et des pins parasols. Les Fontaines bleues, exsurgences artésiennes au bleu turquoise dû aux algues microscopiques, forment au milieu de la clairière des bassins en entonnoir de 10 à 18 mètres de profondeur ; l'eau, à température constante et au fort débit, alimente l'Étier de Beaulon. Les principaux bassins portent des noms évocateurs — la Grande Fontaine, le Miroir des fées, la Fontaine aux fées, les Fontaines sereines, les Sources vives et la Fontaine de la Main rouge — et le site est aménagé en jardin sauvage, avec sous‑bois d'aulnes, de frênes et d'érables ainsi que des vivaces autochtones ; les libellules y sont particulièrement nombreuses. L'accès aux Fontaines bleues se fait par des chemins balisés qui permettent de revenir vers le chai du château.