Origine et histoire du Château de Beaumont-le-Richard
Le château de Beaumont-le-Richard, édifié au XIIe siècle ou au début du XIIIe, est un rare exemple de logis seigneurial anglo-normand encore partiellement debout. Situé sur une colline du Bessin, à 1,2 km de l’église Saint-Vigor d’Englesqueville-la-Percée (Calvados), il se distingue par son absence de donjon et ses deux tours rondes couvertes de calottes de pierre. L’ensemble, remanié au XVIIe siècle, comprend aussi les restes d’une enceinte et une chapelle castrale surplombant une salle voûtée, peut-être l’ancienne résidence des seigneurs. Arcisse de Caumont le décrivait comme une « habitation d’un riche baron plutôt qu’une forteresse », soulignant son caractère résidentiel plus que défensif.
La seigneurie, attestée dès l’an mil, passe au XIIe siècle à la famille du Hommet via le mariage d’Agnès de Say – héritière de son frère décédé sans descendance – avec Richard Ier du Hommet (v. 1115–1180), connétable et sénéchal de Normandie. Le château tire son nom de ce dernier. En 1220, Enguerrand du Hommet cède l’église et les dîmes du domaine à l’abbaye de Mondaye, et en 1239, Guillaume du Hommet est mentionné comme châtelain. Pendant l’occupation anglaise (1418–1450), Thomas de Hottot, partisan des Français, est spolié de sa seigneurie.
Au XVIe siècle, le site abrite des réunions huguenotes, comme en témoigne le journal de Jehan Canivet (1540), évoquant un rassemblement dans la paroisse. Au XVIIe siècle, le château, désaffecté comme résidence seigneuriale, est transformé en exploitation agricole, fonction qu’il conserve jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. La chapelle, réaffectée au culte vers 1640, et les vestiges (salle voûtée, antichambre ornée d’arcatures romanes) rappellent son passé médiéval. Un village existait autrefois sur le site, avec des maisons antérieures à 1600 et un prêche calviniste clandestin dans un grenier au XVIe siècle.
Le château est partiellement protégé au titre des monuments historiques : la chapelle et des éléments romanes (fenêtre à bâtons rompus, corniche) sont classés en 1919, tandis que l’assiette archéologique (vestiges enfouis et en élévation) est inscrite en 1997. Les fouilles ont révélé des cercueils en plomb et pierre dans l’ancien cimetière, témoignant de son occupation ancienne. Aujourd’hui, le site mêle ruines médiévales et bâtiments agricoles des XVIIe–XVIIIe siècles, illustrant son évolution à travers les âges.