Origine et histoire du Château de Bel Air
Le château de Bel-Air, situé au nord du bourg du Pertre en Ille-et-Vilaine, est un édifice construit en deux phases majeures. La première campagne, menée de 1870 à 1873 par l’architecte Jacques Mellet pour Louis de Legge, donne naissance à un petit château néo-gothique aux allures de villa balnéaire. Seuls un pavillon et une tour circulaire de cette époque subsistent aujourd’hui. Ce projet initial, jugé modeste, sera profondément remanié par le fils du commanditaire, Paul de Legge, qui confie à Henri Mellet – ami d’enfance et fils cadet de Jacques – une reconstruction ambitieuse entre 1910 et 1920.
La seconde campagne triple la surface du château en adoptant un plan complexe à deux ailes disposées à 135°, articulées autour d’un pavillon carré, dans un style Louis XIII. Henri Mellet y intègre une galerie, un escalier d’honneur et une chapelle néogothique, où les chapiteaux caricaturent les politiques ayant voté la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État. Ce manifeste architectural, achevé en 1928 avec son parc, incarne l’idéologie monarchiste de ses commanditaires et marque l’ascension sociale des Legge, alliés à la puissante famille des Hays des Nétumières. Le domaine, inscrit aux Monuments Historiques en 2001, comprend aussi un jardin à la française, un bois, un étang et des statues fondues par les fourneaux du Val d’Osne.
Le château s’élève à l’emplacement d’un ancien manoir, flanqué jadis d’une tour carrée et d’un pigeonnier, entouré de jardins à la française et de promenades. Les architectes paysagistes M. de la Villartaye de Vitré et M. Redont de Paris conçoivent les terrasses et les aménagements extérieurs, tandis que les statues ornant les plates-bandes proviennent des établissements Bellanger ou sont des copies célèbres. L’ensemble, qualifié par François Loyer de « dernier grand château de France », illustre la continuité du cabinet Mellet, où père et fils interviennent sur ce chantier, l’un des plus ambitieux d’Henri.
L’inscription aux Monuments Historiques en 2001 protège non seulement le château en totalité, mais aussi son parc avec sa statuaire, son potager clos, son bois, son étang et les tracés des avenues. Les façades et toitures des dépendances (maison du gardien, ancien manoir « Guinefol », porterie, communs, horloge et puits) sont également préservées. Ce site, à la fois résidentiel et symbolique, témoigne des tensions politiques et sociales de son époque, tout en incarnant l’excellence artisanale et paysagère du début du XXe siècle.