Origine et histoire du Château de Belcastel
Le château de Belcastel, édifié dès le VIIIe siècle sur un éperon rocheux surplombant l’Aveyron, trouve son origine dans une case-encoche romaine ou un poste de surveillance. Une chapelle pré-romane dédiée à sainte Marie-Madeleine, suivie d’un premier château aux IXe-Xe siècles, marque ses débuts. Le nom « Belcastel » (du latin bellum castel, « forteresse guerrière ») reflète sa vocation militaire, loin d’un rôle résidentiel. Le site, stratégique sur la route du sel, passe entre les mains de seigneurs locaux comme Oldoric Ier de Rouergue (940-987) ou Gérard Ier Frotard, premier à porter le nom de Belcastel.
Au Moyen Âge, le château est un enjeu des conflits régionaux. Vendue aux Anglais en 1368 lors de la guerre de Cent Ans, la forteresse revient à Charles V de France, puis aux familles Armagnac et Saunhac. Ces derniers, au XVe siècle, transforment le château en résidence plus confortable (fenêtres à meneaux, vitraux) et bâtissent le pont et l’église Sainte-Marie-Madeleine du village. Après 1600, le château, délaissé par ses propriétaires (dont François Ier de Buisson de Bournazel), tombe en ruine. Au XIXe siècle, il est même démantelé pour ses pierres par Rose Acquier, avant d’être classé monument historique en 1928.
La renaissance du château débute en 1972, quand l’architecte Fernand Pouillon (1912-1986) l’achète pour 150 000 francs. Pendant huit ans, son équipe restaure les 87 vitraux du XVIe siècle (acquis à Orléans), reconstruit les murs à la technologie médiévale, et redonne vie aux salles grâce à des archives locales. Pouillon, fasciné par les détails médiévaux, intègre discrètement des matériaux modernes. Son travail, salué comme « exemplaire », permet aussi la restauration du village, élu parmi les Plus Beaux Villages de France en 1992. À sa mort, Pouillon est enterré anonymement dans le cimetière local, sous un mausolée reproduisant la Salle des gardes du Xe siècle.
Depuis 2005, le château, propriété privée, s’ouvre au public comme monument et galerie d’art. La galeriste new-yorkaise Heidi Leigh et son époux Nick Leone y organisent des expositions contemporaines et transforment partiellement les lieux en hôtel (piscine dans les douves). Vendus en 2023, puis rachetés en 2025 par Éric et Valérie Girard pour 3 millions d’euros, le château et son village restent accessibles, mêlant patrimoine historique et activités touristiques. La restauration de Pouillon, classée en 2022, en fait un symbole de la Route des Seigneurs du Rouergue.