Origine et histoire du Château de Bellegarde-en-Forez
Le château de Bellegarde-en-Forez, situé dans la plaine du Forez, trouve ses origines au Moyen Âge comme place forte des comtes de Forez. Attesté dès 1173 dans un traité délimitant le Lyonnais et le Forez, il servait de point stratégique près de la frontière orientale du comté. Au XIIIe siècle, il devient une châtellenie clé pour contrôler le territoire, avec un capitaine-châtelain et un prévôt représentant l’autorité comtale. Pendant la Guerre de Cent Ans, bien que le Forez soit éloigné des combats, le château subit des réparations en 1384 pour remédier à son état dégradé, probablement causé par des pillages de mercenaires.
Au XVIe siècle, le château passe aux mains de la famille de Bron après son achat en 1521 par René de Rougemont, seigneur de la Liègue, qui épouse Béatrix de Bron. Cette famille, originaire du Dauphiné, construit l’édifice Renaissance actuel dans la seconde moitié du XVIe siècle, sans remplacer entièrement l’ancien château médiéval dont des vestiges subsistent. Le nouveau château intègre des éléments typiques de la Renaissance tardive : fenêtres à meneaux, encadrements de portes à l’antique, et une cheminée monumentale datée de 1597, commandée par Antoine de Bron. Les armes des Bron et de la Liègue, aujourd’hui martelées, ornaient autrefois le portail de la cour d’honneur.
Le château change plusieurs fois de propriétaires après le XVIe siècle, notamment au XVIIe siècle avec Claude-Charles de Bron, baron de Riverie, dont les alliances matrimoniales renforcent les liens avec des familles nobles du Dauphiné. À la Révolution, le dernier seigneur, Jean-Marie Ranvier, est exécuté en 1794, et les blasons du portail sont probablement détruits à cette époque. Au XIXe siècle, la famille de Rivérieulx de Chambost modifie partiellement le château, avant qu’il ne passe en 1680 — puis par héritage — à la famille de Sorbier de Pougnadoresse, actuelle propriétaire. Le monument, partiellement inscrit aux Monuments Historiques depuis 1987, conserve des traces de son passé médiéval et Renaissance, comme la porte Baudin, vestige de l’enceinte médiévale.
Le château s’inscrit dans un contexte historique plus large, marqué par l’influence des comtes de Forez puis des ducs de Bourbon, avant son rattachement définitif au domaine royal en 1532. Son architecture reflète les transitions entre Moyen Âge et Renaissance, tandis que son rôle stratégique décline après la Révolution. Aujourd’hui, il témoigne de l’évolution des pouvoirs locaux et de l’architecture noble en Forez, entre héritage défensif et résidentiel.