Origine et histoire du Château de Bellevue
Le château de Bellevue actuel, situé à Albi dans le Tarn, a été entièrement reconstruit en 1933 par l'architecte Léon Daures pour l'industriel Léopold Malphettes, héritier d'une dynastie de cimentiers. Ce château moderne, en béton armé recouvert de briques, remplace un premier édifice datant de 1685, dont il ne subsiste qu'une pierre gravée intégrée à la nouvelle construction. Malphettes, ingénieur centralien et expert en béton armé, supervise personnellement les plans, reflétant son statut social et son savoir-faire technique. Les travaux des jardins s'achèvent vers 1952, marquant la fin de la première phase de construction.
Léopold Malphettes, figure majeure de l'industrie albigeoise, cofonde en 1913 la Société des chaux et Ciments du Languedoc, exploitant les fours à chaux familiaux depuis le XIXe siècle. Son expertise en béton armé, formalisée dans un ouvrage publié en 1917 (traduit en chinois en 1937), influence directement la structure du château. En 1960, une partie du domaine (le potager) est cédée à la ville pour y construire le lycée Bellevue. Le château, resté dans la famille jusqu'aux années 2010, est inscrit aux Monuments Historiques en 2014.
L'architecture du château mêle des éléments néoclassiques (double perron, loggia, tour d'escalier à campanile) et des décors intérieurs inspirés du XVIIIe siècle (boiseries, plafonds à la française). La façade arrière s'ouvre sur un patio encadré d'édicules, tandis que les murs en béton armé, recouverts de briques, illustrent l'innovation technique de l'époque. Depuis 2019, après des retards juridiques, le château est converti en onze appartements de standing, préservant son patrimoine architectural.
Le site inclut également une orangerie-pigeonnier-serre, protégée depuis 2014 avec les façades du château. Les éléments protégés couvrent le parc, les édicules et le patio, soulignant la valeur historique de l'ensemble. Le château de Bellevue incarne ainsi la transition entre l'héritage aristocratique (château du XVIIe siècle) et la modernité industrielle (reconstruction des années 1930), tout en témoignant du mécénat des élites albigeoises au XXe siècle.