Origine et histoire du Château de Beynes
Le château de Beynes, situé dans la vallée de la Mauldre (Yvelines), trouve ses origines au XIe siècle sous l’impulsion des seigneurs de Montfort, vassaux du roi Robert le Pieux. Confié à Guillaume de Hainaut pour protéger les marches du domaine royal face aux Normands, le site est fortifié par Amaury Ier et Amaury II de Montfort, puis par Richard de Montfort entre 1087 et 1092. Ce premier castrum résiste en 1092 aux assauts de Guillaume le Roux, roi d’Angleterre, marquant son rôle stratégique dans la défense du territoire capétien.
La première mention écrite d’un castrum à Beynes date de 1176, bien que les fouilles archéologiques n’aient pas révélé de traces antérieures au XIIe siècle. À cette époque, le château protège un carrefour routier majeur (axe Orléans-Beauvais) et un gué sur la Mauldre, ligne de défense avant Paris. Un donjon ovoïde en pierre, entouré d’une enceinte et accessible par une tour-porche, est construit hors des zones inondables près de l’église. Le village, ceint d’une muraille percée de trois portes (« de Paris », « de Mantes », « du Château »), abrite jusqu’à 850 habitants au XIIIe siècle, témoignant de son importance démographique et économique.
Durant la Guerre de Cent Ans, le château subit d’importants remaniements pour s’adapter à l’artillerie naissante : le donjon est arasé, une seconde enceinte ponctuée de neuf tours semi-circulaires est ajoutée, et des casemates surmontées de boulevards d’artillerie sont aménagées. Deux châtelets fortifiés contrôlent les accès vers le village et la rivière. Le site reste une garnison clé pour la défense du domaine royal jusqu’au XVe siècle.
À partir du XVe siècle, le château perd son rôle militaire avec l’extension du domaine royal. Robert d’Estouteville, chambellan de Charles VII, le transforme en résidence d’agrément. Au XVIe siècle, il passe entre les mains de figures proches du pouvoir : Guillaume Poyet (chancelier de France), Anne de Pisseleu, puis Diane de Poitiers, favorite d’Henri II. Cette dernière y fait construire un nouveau logis par l’architecte Philibert Delorme, pionnier du lamellé-collé pour les charpentes. Le château devient un lieu de réunion de l’aristocratie, comme en 1688 lors de la rencontre entre Madame Guyon et l’abbé Fénelon.
Abandonné après la Révolution, le château sert de carrière de pierres pour le village avant d’être racheté par la municipalité en 1967. Des fouilles (1995-1999) et des travaux de consolidation permettent sa sauvegarde. Classé monument historique en 2014, il subit encore des dégradations, comme l’effondrement d’un pan de muraille en 2016. Aujourd’hui, des chantiers bénévoles visent à stabiliser les ruines et à les ouvrir au public.