Origine et histoire du Château de Blancafort
Le château de Blancafort, situé dans le village éponyme du Cher en région Centre-Val de Loire, trouve ses origines à la fin du XVe siècle. Il fut construit après 1475 pour François de Boucard et son épouse Marguerite de Cugnac, sur un emplacement antérieur occupé par une forteresse plus ancienne, probablement en bois et terre. Ce premier château, typique de l’architecture militaire de son époque, présentait un plan quadrangulaire cantonné de tours et un donjon quadrangulaire projeté en avant, orné de briques noires formant des losanges, un style répandu en Sologne et dans le Berry vers 1500. Les douves sèches et le pont-levis, aujourd’hui disparus, complétaient ce dispositif défensif davantage symbolique qu’efficace.
Au début du XVIIe siècle, Claude de Faucon, maître d’hôtel de la reine Marie de Médicis et trésorier de France à Moulins, acquiert le château en 1619 après sa saisie par le Parlement. Il entreprend d’importantes modifications, notamment la création d’une cour d’honneur avec une galerie ouverte et deux pavillons Louis XIII, ainsi que le percement de grandes fenêtres sur la façade sud, reflétant le style architectural de l’époque. Ces aménagements rappellent ceux de la ville nouvelle d’Henrichemont, construite par Sully, et marquent une transition vers une résidence plus adaptée aux usages aristocratiques du XVIIe siècle.
Le château change plusieurs fois de mains au fil des siècles. Au XVIIIe siècle, il est acquis par la famille de Duranti, dont certains membres furent maires de Blancafort. Claude-François de Duranti, comte et membre de l’administration financière à Versailles, envisage même de le détruire entièrement pour le reconstruire, mais seuls la tour sud-est, le sommet de la tour ouest et une partie de la galerie sont finalement modifiés, puis restaurés à l’identique par ses successeurs. Le pignon de l’entrée primitive est transformé en pignon à pas-de-moineaux, témoignant des adaptations architecturales du XIXe siècle.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le château est occupé par les Allemands, qui détruisent une grande partie de son chartrier, aujourd’hui conservé aux Archives départementales du Cher. Classé monument historique en 1926, il est racheté en 1963 par la baronne de Cramer, qui entreprend une restauration majeure, notamment des intérieurs et des jardins à la française. En 1983, son petit-fils, le comte Alban de Montjou, hérite du château à l’âge de 18 ans et le transforme en lieu de visite, de réception et de tournage. Malgré une tentative de vente aux enchères en 2017, le château reste un témoignage architectural et historique majeur du Berry.
Les origines seigneuriales de Blancafort remontent au XIe siècle, avec la première mention d’un seigneur, Garnier, en 1064. La seigneurie passe ensuite entre les mains de plusieurs familles, dont les Boucard au XIVe siècle, par le mariage d’Agnès de Blancafort avec Jean de Boucard. Ce lignage marque profondément l’histoire du château, notamment avec François de Boucard et Marguerite de Cugnac, commanditaires de l’édifice actuel. Les Guerres de Religion voient le château pris à deux reprises par les Réformés (1568 et 1575), avant d’être repris en 1577 par le baron de Saint-Rémy, chambellan du duc d’Alençon.
L’architecture du château reflète ces strates historiques : le donjon du XVe siècle, symbole de puissance seigneuriale, contraste avec les aménagements classiques du XVIIe siècle, tandis que les restaurations des XIXe et XXe siècles préservent ce patrimoine. Aujourd’hui, Blancafort incarne à la fois un héritage médiéval, une résidence aristocratique et un lieu de mémoire, marqué par les conflits religieux, les transformations architecturales et les efforts de conservation contemporains.