Origine et histoire du Château de Blanquefort
Le château de Blanquefort est une forteresse médiévale érigée entre le XIe et le XVe siècle sur un îlot rocheux au cœur des marais de Blanquefort, en Gironde (Nouvelle-Aquitaine). Son nom, Blanqua fortis (« fort blanc »), viendrait de la blancheur de ses murailles en calcaire, contrastant avec les zones marécageuses environnantes. D’abord cité en 1028 comme propriété de la famille seigneuriale de Blanquefort, il contrôle la route du Médoc, axe majeur depuis l’Antiquité, et permet de lever des taxes sur les marchands. La forteresse, stratégiquement située à 1 km au sud du bourg actuel, est bâtie sur une éminence naturelle de mollasse, dernier relief émergé d’une plaine inondable parcourue par la Jalle de Blanquefort.
Au XIe siècle, un donjon roman rectangulaire (18 × 11 m) est édifié, entouré d’une palissade en bois et probablement de douves. Ce premier château en pierre, rare en Gironde à l’époque, marque l’affirmation du pouvoir seigneurial local. La famille de Blanquefort, dont la seigneurie s’étend jusqu’à l’océan Atlantique, en reste propriétaire jusqu’au milieu du XIIIe siècle. Leur extinction vers 1250 permet aux rois d’Angleterre — aussi ducs d’Aquitaine — d’acquérir le site : Henri III en 1254, puis Édouard Ier en 1270, transforment la forteresse en un bastion royal. Six tours circulaires sont ajoutées au donjon, une enceinte de pierre remplace la palissade, et une barbacane protège l’entrée. Ces aménagements reflètent l’importance stratégique de Blanquefort, verrou nord de Bordeaux face aux menaces venues de l’estuaire.
La guerre de Cent Ans marque un tournant : le château, parfois appelé château du Prince Noir après le séjour d’Édouard de Woodstock, passe entre les mains des Durfort-Duras, vassaux anglais, avant d’être cédé en 1453 à Antoine de Chabannes par Charles VII. Adapté à l’artillerie (canonnières, tours renforcées), il subit des modifications majeures au XVe siècle. Cependant, après la Fronde (1648–1653), où ses seigneurs protestants s’impliquent, Mazarin ordonne le rasement de ses crénelages. L’assèchement des marais au XVIIe siècle prive le château de sa défense naturelle, le rendant obsolète. Abandonné après un incendie, il est vendu comme carrière de pierres à la Révolution, réduisant ses vestiges à l’état de ruines pittoresques, classées parmi les premiers monuments historiques français en 1862.
Les fouilles archéologiques, initiées en 1962, ont révélé une occupation humaine dès l’âge du bronze (XIIe siècle av. J.-C.), avec des traces protohistoriques et gallo-romaines (tegulae, monnaies de Constantin). Le site castral, probablement occupé par un péage ou une tour de garde romaine, contrôle la voie antique Bordeaux–Médoc. Parmi les découvertes figurent des céramiques médiévales, des verres luxueux, des boulets d’artillerie, et une exceptionnelle collection de carreaux de pavement du XIVe siècle. Ces artefacts illustrent la richesse des occupants — seigneurs, soldats anglais, ou famille royale — et les transformations militaires du château, des archères médiévales aux canonnières de la Renaissance.
Aujourd’hui, les ruines de Blanquefort offrent un témoignage rare de l’évolution des fortifications entre Moyen Âge et époque moderne. Le donjon primitif, les tours du XIIIe siècle, et les adaptations du XVe siècle cohabitent dans un paysage marqué par l’histoire. Léo Drouyn, au XIXe siècle, le décrivait comme « l’une des plus belles ruines » de Guienne, soulignant son rôle passé de place forte incontournable. Géré par l’association GAHBLE, le site fait l’objet de restaurations et de restitutions 3D, permettant de visualiser son apparence à l’apogée, lorsque vingt à trente soldats anglais y stationnaient en permanence.