Origine et histoire du Château de Boissy-le-Sec
Le château de Boissy-le-Sec trouve ses origines en 1339, selon une tradition locale, lorsque Jean Paviot, chevalier banneret de Philippe VI de Valois, aurait érigé une forteresse pour renforcer les défenses autour de Paris face aux menaces anglaises pendant la guerre de Cent Ans. Le site est mentionné en 1360 dans le traité de Brétigny comme l’une des places fortes cédées aux Anglais en gage de la rançon de Jean II. Les archives attestent cependant la seigneurie de Jean Paviot seulement à partir de 1349, via un acte d’hommage à la duchesse d’Alençon. Le château, pris par les Anglais vers 1358, conservait alors un rôle stratégique entre Étampes et Dourdan.
Au XVe siècle, les héritiers de Paviot transforment la forteresse en résidence de plaisance, ajoutant un corps de logis gothique flamboyant entre deux tours rondes et perçant de larges fenêtres à meneaux. Une aile sud, élargie et surélevée, intègre une galerie ouverte à arceaux, tandis que les encadrements de pierre sculptée des fenêtres sont partiellement masqués au XVIIIe siècle par des aplats de plâtre pour moderniser la façade. Ces modifications baroque, redécouvertes en 2006 lors d’un ravalement, révèlent les traces médiévales et entraînent une inscription supplémentaire aux monuments historiques.
La seigneurie passe en 1697 aux Boyetet de Mérouville, famille de négociants anoblis, qui la conservent jusqu’à la Révolution. Confisqué à Guillaume Couturier, fermier général guillotiné en 1794, le domaine est récupéré par sa veuve, qui l’apporte à Jean-Baptiste Bourgeon. Ce dernier, maire sous l’Empire, redessine le parc en style paysager et restaure l’église voisine en néo-classique. Le château, partiellement protégé dès 1984 (salle voûtée et caves) puis en 2007 (façades et toitures), mêle aujourd’hui des éléments médiévaux (tours cylindriques, salle basse ogivale) et des ajouts classiques.
L’architecture actuelle reflète trois campagnes majeures : le XIVe siècle (forteresse avec tours et salle voûtée), le XVIIe siècle (corps de logis entre les tours) et le XXe siècle (unification des façades par un crépi). La salle basse, dotée d’un pilier central supportant des ogives, pourrait dater de la fin du XIIIe siècle, tandis qu’une cave alvéolée témoignerait d’un logis seigneurial plus ancien, peut-être bâti sous Philippe Auguste. Les deux tours rondes encadrant la façade nord, dont l’une talutée servait de donjon, illustrent l’évolution d’une place forte en demeure aristocratique.
Les bâtiments agricoles, organisés autour d’une cour, datent en partie du XVIe siècle, époque où le « vieux chasteau » est mentionné avec son parc. Les transformations des XVIIIe et XIXe siècles (citerne, parc paysager) achèvent de donner au domaine son aspect actuel, alliant héritage médiéval et aménagements modernes. Les protections successives (1984, 2007) soulignent la valeur patrimoniale de ce site, témoin des mutations architecturales et politiques de l’Île-de-France.