Origine et histoire du Château de Boisy
Le château de Boisy, situé sur le plateau éponyme dans la commune de Pouilly-les-Nonains (intégrant l’ancienne paroisse de Saint-Martin-de-Boisy), tire son nom d’un bois de chênes (Boscum en latin) couvrant autrefois le territoire. Son histoire débute au XIVe siècle quand Jean Simon, bourgeois anobli et sergent d’armes du roi Charles V, adopte le nom de Boisy après avoir acquis des terres par abénévisations. Marié à Jacqueline de la Grange, sœur du cardinal ministre Pierre de Lagrange, il pose les bases d’une lignée seigneuriale locale, bien que le titre officiel de seigneur de Boisy n’apparaisse qu’avec les Gouffier au siècle suivant.
En 1397, les fils de Jean Simon, Humbert et Jean de Boisy, obtiennent de Louis II de Bourbon, comte de Forez, l’autorisation de construire une maison forte. Dès 1402, ils édifient un donjon carré entouré de fossés sur l’emplacement d’une grange, complété par un vaste réseau hydraulique : étangs artificiels (dont un de 25 hectares), canaux drainant les ruisseaux des monts de la Madeleine, et moulins banaux. Ces aménagements, vitaux pour l’économie locale, permettent la production de poisson, l’irrigation, et l’alimentation des fossés du château de Roanne. Jacques de Boisy, fils d’Humbert, vend cependant le domaine en 1447 à Eustache de Lévis-Cousan, qui le cède la même année à Jacques Cœur, argentier du roi Charles VII.
La brève possession de Jacques Cœur (1447–1455) marque un tournant : bien que sa disgrâce en 1451 interrompe ses projets hydrauliques ambitieux (comme le Bief de Boisy, canal captant les eaux de la Panetière), son nom reste associé au château. Confisqué par la couronne, le domaine est acquis en 1455 par Guillaume Gouffier, premier chambellan de Charles VII et instigateur de la chute de Cœur. Sous les Gouffier, Boisy devient un fief artistique grâce à Hélène Catherine de Hangest (épouse d’Artus Gouffier), qui y établit vers 1500 un atelier de poteries d’influence italienne (dites de Henri II), actif jusqu’au XVIIe siècle. Les façades et le donjon, remodelés à cette époque, reflètent son héritage décoratif.
Le château, protégé au titre des Monuments Historiques (inscrit en 1927 pour ses façades et toitures, classé en 1931 pour ses ailes Sud/Est et ses tours), incarne aussi l’histoire hydraulique du Roannais. Les seigneurs de Boisy, responsables de la gestion des eaux, doivent entretenir étangs, berges et moulins pour éviter les crues dévastatrices de la Loire — comme celle provoquée en 1706 par François d’Aubusson de la Feuillade, dont le projet de navigation fluviale causa une inondation mortelle. Aujourd’hui propriété d’une association, le site conserve des traces de son passé médiéval et renaissant, des fossés aux décors seigneuriaux.
L’organisation sociale autour de Boisy repose sur un système féodal tardif : les Gouffier, seigneurs du Roannais, accordent des abénévisations (baux emphytéotiques) à des notables locaux, comme le moulin de Roanne cédé en 1579 à Mathieu Goyon, ou les droits d’eau perpétuels concédés en 1700 à François Odin. Ces contrats illustrent l’équilibre entre pouvoir seigneurial et activités économiques (meunerie, pêche, artisanat), tandis que la production de poteries en fabrique seigneuriale (1530–1630) témoigne d’une économie diversifiée, liée aux échanges avec l’Italie via le mariage des Gouffier-Hangest.