Origine et histoire du Château de Bonnefontaine
Le château de Bonne-Fontaine, situé à Antrain en Ille-et-Vilaine, trouve ses origines à la fin du XIe siècle, lorsque Geoffroy Chaussebœuf offre la terre à l’abbaye de Saint-Florent de Saumur. Au XIIIe siècle, le domaine passe à la famille de Saint-Brice, puis en 1370, Jeanne de Saint-Brice, unique héritière, l’apporte en dot à Guillaume de Porcon, fils d’un compagnon de Bertrand du Guesclin. Les Porcon, seigneurs pendant deux siècles, marquent l’histoire du lieu, notamment avec Arthur de Porcon, chambellan d’Anne de Bretagne et capitaine de Fougères en 1488.
En 1533, Françoise de Porcon épouse Pierre Giffard de La Marzelière, gentilhomme de François Ier. Ce dernier, distingué par Henri II pour sa bravoure au siège de Renty (1556), obtient en 1547 l’autorisation de fortifier Bonne-Fontaine. Il érige la partie sud, incluant la tour à mâchicoulis, symbole de son statut de chevalier de l’Ordre de Saint-Michel. La fille des Giffard épouse en 1631 Malo de Coëtquen, issu d’une lignée proche des Rohan et gouverneurs de Saint-Malo, liant ainsi le château à l’aristocratie bretonne la plus influente.
Le domaine change de mains à plusieurs reprises : vendu en 1754 par Louise-Maclovie de Coëtquen, il devient bien national sous la Révolution avant d’être racheté en 1806 par Guy Aubert de Trégomain, député légitimiste. En 1858, François de Guiton et son épouse Françoise Hay des Nétumières entreprennent une restauration majeure, confiant les travaux à l’architecte Jean-Baptiste Martenot et le parc aux paysagistes Denis Bühler et Édouard André. Ce dernier, conçu dans le style romantique, abrite des essences rares comme des séquoias ou un châtaignier légendaire lié à Anne de Bretagne.
Le château, inscrit aux Monuments Historiques depuis 1943 pour ses façades et son puits, illustre l’évolution architecturale des XVIe et XIXe siècles. La tour nord, ajoutée au XIXe, est couronnée d’une statue de saint Michel (1880), tandis que la tour sud, défensive, conserve ses mâchicoulis et canonnières. Les lucarnes Renaissance, ornées des initiales de Françoise de Porcon et Pierre de La Marzelière, témoignent de leur alliance. Aujourd’hui propriété de la famille de Rohan-Chabot, Bonne-Fontaine perpétue un héritage à la fois médiéval, renaissant et romantique.
Le parc, typique des jardins à l’anglaise du XIXe siècle, s’organise autour de perspectives naturelles encadrées de bosquets et d’essences exotiques ou centenaires. Parmi elles, « l’arbre de la duchesse Anne », un châtaignier abattu en 1987, évoquait la mémoire de la dernière duchesse indépendante de Bretagne. La source qui a donné son nom au domaine rappelle les nombreux lieux-dits « Bonne Fontaine » en France, souvent associés à des sites sacrés ou historiques.